Comment était abordé l’argument sexualité chez les enfants dans la culture africaine?

( Conte sexuel chez les Manguissa au Cameroun)

Quand la terre fut créée, il y avait cinquante êtres de chaque espèce, répartis également en mâles et en femelles. Les vingt-cinq hommes et les vingt-cinq femmes vivaient dans l’insouciance dans leur village, le premier village. Puis un jour, quelqu’un remarqua que les animaux devenaient de plus en plus nombreux, alors que la population humaine ne variait pas. Ce phénomène alimenta les conversations au village. L’on n’en dormait plus. Il y avait là un mystère, peut-être une injustice. Pensez donc! Une telle inégalité!

Un autre jour, quelqu’un se promenant dans la forêt trouva un animal, un mâle, à moitié hissé sur le dos d’une femelle, en train d’introduire cette chose par laquelle il urinait dans celle par laquelle la femelle
pissait. Celle-ci n’en semblait pas trop incommodée. Il n’avait jamais vu pareil, phénomène. Et comme l’étrange est lié à l’étrange, il pensa y découvrir l’explication de la multiplication mystérieuse des animaux. Il courut en rendre compte au village. Certains se gaussèrent de lui. Les autres au contraire prirent cela très au sérieux. Les premiers disaient en montrant alternativement le sexe des hommes et celui des femmes:

– Cette chose ne peut pas entrer là dedans. Et il y avait quelques éléments en faveur de cette thèse. C’était si mou, si ratatiné. Comment espérer le pousser dans une fente si étroite, si profonde. Parfois, c’était trop gros, trop grand. Elle n’aurait vraiment pas
pu entrer.
Les autres répliquaient:
– Si ça marche pour les animaux, ça devrait marcher pour les hommes.

Mais les premiers pensaient que cette histoire avait été inventée de toutes pièces.
– Ça ne peut pas!
– Ça peut!
– Ça ne peut pas!

– Ça peut!
La discussion engendra une dispute. La dispute
s’envenima et l’on en vint aux poings. M,ais après la
bagarre, on s’aperçut qu’on en était au même point:
– Ça ne peut pas!
– Ça peut!
– Ça ne peut pas!
– Ça peut!

Chacun campant sur ses positIons, on faillit déclencher une autre bagarre. Quelqu’un d’avisé proposa à la fin : – Au lieu de nous entre-tuer, pourquoi ne pas essayer.

L’idée était sage. Il fallait l’expérimenter. On prit un homme et une femme, et on les installa confortablement. Les uns les encouragèrent, les autres haussèrent les épaules en ricanant. La femme était du camp des sceptiques, l’homme de l’autre bord. Chacun conjugua donc ses efforts pour montrer que l’adversaire avait tort. Après maints tâtonnements, les sceptiques eurent la surprise d’entendre la femme crier: – A ko’o ! Cest entré!

 

La preuve ayant été administrée, on demanda à l’homme de se retirer. Chacun des protagonistes se recula pour mettre fin à l’expérience, ,mais comme ce n’était pas désagréable, ils revinrent instinctivement l’un vers l’autre. Ils recommencèrent, mais c’était encore plus agréable, et à chaque fois qu’ils voulaient se séparer, cela devenait meilleur. Et à force de va et vient. .. Et ils transmirent ainsi aux autres humains ce mouvement.

On savait maintenant que c’était possible, et exquis. Hommes et femmes ne s’en privaient plus. Et ce qui devait arriver arriva. On vit les ventres des femmes s’arrondir, grossir. Certains pensèrent à une maladie. Ils ne manquèrent pas d’en blâmer les autres.
– Vous voyez ce que vous avez fait? Avant, elles n’étaient pas si malades. Maintenant, elles ont perdu leur santé.

D’autres étaient sûrs que c’étaient de nouveaux humains qui se formaient. On allait enfin se multiplier. Les discussions reprirent, mais il n’y eut pas de bagarres.

Un jour, une femme se mit à hurler. Elle souffrait, c’était évident. Tout le monde en fut alarmé. Et si c’était vraiment une maladie? ‘La réponse vint heureusement vite sous la forme d’un
joli bébé qui mit tout le monde d’accord.

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<page 77-79>
Contes d’initiation sexuelle …
S:C: ABEGA, 1995

 

Par  Dzu To