Phyllis Omido obtient 12 millions de dollars pour son combat contre l’intoxication au plomb au Kenya

En 2009, Phyllis Omido apprenait que son propre lait maternel rendait son bébé malade.  Elle expliqua alors à son employeur que son activité de recyclage de batteries pourrait “finir par tuer” les personnes vivant à proximité de l’usine; on lui a demandé de ne plus jamais en parler. Réalisant que son enfant n’était pas le seul à souffrir de saturnisme, Phyllis Omido choisit de ne pas respecter la consigne du silence et encouragea la communauté de Mombasa au Kenya à se battre afin d’obtenir la fermeture de la fonderie qui exposait les gens à des produits chimiques dangereux. Un combat qui lui permet d’être lauréate du prix Goldman 2015 et aujourd’hui une dédommagement d’une valeur de 12 millions de dollars .

Ce dédommagement devrait être payé dans un délai de quatre mois conjointement par les agences gouvernementales qui ont été jugées négligentes ainsi que par les directeurs de l’entreprise, qui a fermé en 2014. Cette sanction oblige aussi le gouvernement de nettoyer Owino Uhuru, en précisant que l’inaction entraînerait une amende.

D’après Mme Omido cet “l’argent ne peut même pas compenser” ce que la communauté de 3 000 personnes a vécu. Néanmoins, les fonds peuvent être utilisés pour le traitement et les médicaments.

Son combat

L’industrie solaire en plein essor au Kenya a augmenté la demande de plomb, récupéré en recyclant les batteries de voitures dans les fonderies. Les bidonvilles de Mombasa, où les travailleurs pauvres et marginalisés ont désespérément besoin de travail, sont des points chauds pour une telle activité industrielle. Parmi eux se trouve la communauté d’Owino Uhuru, où une fonderie a émis des fumées chargées de plomb, souvent la nuit pour éviter d’être détectées, et a rejeté des eaux usées non traitées qui se sont déversées dans des cours d’eau que les résidents utilisent pour laver, cuisiner et nettoyer.

Les travailleurs de l’usine étaient les plus directement exposés aux produits chimiques. Ils recevaient une paire de gants de coton fragiles par mois, qui se désintégraient rapidement après quelques jours. Une fois les gants partis, les travailleurs ont continué à travailler à mains nues. En revanche, les dirigeants qui entraient dans l’usine le faisaient en tenue de protection complète.

 

Phyllis Omido était une jeune mère célibataire avec un petit garçon lorsqu’elle a été embauchée pour gérer les relations communautaires de l’usine. L’une de ses premières tâches a été de rédiger un rapport d’impact environnemental. En collaboration avec une équipe d’experts, elle a découvert que la proximité de l’usine avec la communauté locale rendait les résidents vulnérables aux produits chimiques dangereux et que l’usine fonctionnait probablement avec des permis obtenus illégalement. Son rapport recommandait de fermer l’usine et de déménager, mais la direction a rejeté les recommandations et retiré Omido du projet.

Environ trois mois après le début de son travail, le bébé d’Omido est tombé gravement malade et a été hospitalisé. Les tests de dépistage du paludisme, de la typhoïde et d’autres affections se sont tous révélés négatifs. Suite à une suggestion d’un directeur de l’usine qu’il pourrait s’agir d’un empoisonnement au plomb, les médecins ont analysé le sang du bébé et ont constaté qu’il avait des niveaux de plomb extrêmement élevés, qui avaient probablement été transmis par le lait maternel de sa mère.

Les factures médicales de son fils ont rapidement grimpé à plus de 2000 dollars, un montant insurmontable pour Omido. Elle a exigé que l’usine paie les frais d’hospitalisation. L’entreprise a payé ses factures en échange de son silence, mais Omido a ressenti une responsabilité envers la communauté. Elle a quitté son emploi et a commencé à nettoyer des maisons pour joindre les deux bouts et soutenir sa quête de justice pour les travailleurs et les familles touchés par la fonderie.