Saraounia Mangou: Symbole de leadership féminin face à l’occupation coloniale

Tous les 16 avril on se souvient de la Sarraounia Mangou (la reine Mangou) du Niger, résistante face aux exactions coloniales

Au mois d’avril 1899, une femme, reine-mère du village de Lougou au Niger, décida d’arrêter les hommes des capitaines français Voulet et Chanoine qui ne laissaient qu’abomination et désolation sur leur passage.

La France entre au Tchad en 1891 et y lance des expéditions militaires contre les royaumes récalcitrants à la pénétration française. Parmi ces expéditions, la sanglante mission Voulet-Chanoine lancée depuis Dakar et le fleuve Niger. 600 soldats dont des tirailleurs, auxiliaires, vétérans et des porteurs commandés par 8 officiers et sous-officiers se mettent en route. Avec une violence inouïe, la colonne brûlait et massacrait tout sur son passage. On violait, pendait, décapitait…Les enfants mis à mort sont accrochés aux arbres. Les deux capitaines avaient soif de sang. Il fallait exterminer tout ce qui résistait à l’avancée de la troupe et s’emparer des troupeaux qui devaient servir à nourrir les éléments de la colonne. Plusieurs centaines de bœufs, moutons et chevaux furent volés.

La Sarraounia Mangou qui régnait sur la communauté Azna du village de Lougou dans le sud-ouest du Niger actuel, informée des exactions commises par la colonne de Voulet et Chanoine, leur envoya un message à l’approche du village : « Contournez mon village où vous aurez mes guerriers sur votre chemin ». Prenant cette demande comme un affront, les deux capitaines décidèrent de combattre les guerriers de la reine Mangou. C’est le 16 avril 1899 que le combat eut lieu. Les guerriers de la reine malgré une résistance farouche, ne purent arrêter les canonnières et fusils de la colonne desquels émanèrent une puissance de feu implacable.
La Sarraounia appela ses guerriers à un repli tactique dans la brousse où femmes, enfants et vieillards étaient cachés. Les deux capitaines eurent la macabre idée de mettre le feu à la brousse. Plusieurs centaines de personnes périrent dans les flammes. Des guerriers s’échappèrent et tentèrent d’emmener par force la reine qui voulut résister. Pour n’avoir pas pu sauver son village, la Sarraounia, désespérée, aurait tenté de se jeter dans les brasiers.

La colonne poursuivra sa progression funèbre. Le comble de l’ignominie est atteint le 8 Mai 1899 à Birni N’konni, un village d’éleveurs. Les deux capitaines convoquèrent le chef du village et le sommèrent de fournir 4000 têtes de bétail à la colonne. Ce dernier estima la demande impossible. Il fut décapité séance tenante. La colonne massacra tout le village! On parle de 10 000 à 15 000 morts, principalement des femmes, enfants et vieillards, les hommes, eux, étant pour la plupart en transhumance avec le bétail.

La mission fut tellement sanglante qu’un des hommes de la colonne, le lieutenant Peteau, s’insurgea contre les exactions. Il fut tout simplement renvoyé. C’est lui qui alerta Paris. Le président Charles Dupuy dépêcha le colonel Arsène Klobb, commandant à Tombouctou à l’époque, qui rattrapa la colonne et signifia l’arrêt de la mission. Mais le capitaine Voulet ne l’entendit pas de cette oreille. Il donna l’ordre d’ouvrir le feu sur Klobb qui fut tué sur le champ.

Voulet et Chanoine, pour des raisons peu claires, furent tout de même tués un peu plus tard par des éléments de la colonne et enterrés sur place. En 1923, le célèbre administrateur colonial, Robert Delavignette, ouvrira les tombes des deux capitaines mais les trouvera…vides.

Pour la postérité, seul le crime du meurtre du colonel Klobb fut retenu contre les deux capitaines. Pour les milliers de morts du Tchad et du Niger, on invoqua la « soudanite aiguë » et l’ardeur du soleil africain comme raisons ayant poussé les capitaines à commettre les terribles exactions. Une façon très…coloniale d’exonérer nos deux hommes de leurs crimes.

Qu’on ne s’adonne surtout surtout pas à la « repentance ». Ce ne sont que des « bienfaits de la colonisation ». La « mission civilisatrice » le valait bien.

À noter que l’écrivain nigérien mort en 1993, Mamani Abdoulaye, a fait revivre la Sarraounia dans son ouvrage « Sarraounia : Le drame de la reine magicienne », adapté au cinéma (voir image) par le cinéaste mauritanien Med Hondo.

@ Par Khadim Ndiaye accessible sur le lien hypertexte Facebook.