Nearis Green, l’esclave à l’origine du whisky Jack Daniel’s

Le célèbre producteur de whisky a décidé de mettre en lumière le rôle de l’esclave qui a appris l’art de la distillation au créateur de la célèbre marque.

Une statue de Jack Daniel à Lynchburg (Tennessee). ZachJBeavers via Wikimedia Commons.

Une statue de Jack Daniel à Lynchburg (Tennessee). ZachJBeavers via Wikimedia Commons.

Le producteur de whisky américain Jack Daniel’s fête ses cent cinquante ans cette année et, pour l’occasion, l’entreprise a voulu mettre en avant l’histoire de Nearis Green, l’esclave qui a appris à Jack Daniel à faire du whisky, rapporte le New York Times.

Jusqu’ici, le récit officiel était que Jack Daniel avait appris à faire de l’alcool lorsqu’il travaillait chez un certain Dan Call, un pasteur, épicier et distillateur. Mais une autre version circulait depuis des décennies parmi les historiens: ce n’était pas Dan Call, mais un de ses esclaves qui aurait initié le jeune Daniel.

Une biographie de 1967  sur Jack Daniel explique que Dan Call aurait qualifié son esclave Nearis Green de «meilleur producteur de whisky que je connais». Lorsque que Jack Daniel a ouvert sa distillerie en 1866, un an après l’abolition de l’esclavage aux Etats-Unis, il a employé deux des fils de Nearis Green.

Il est difficile pour les historiens d’établir ce genre de détails avec certitude, dans la mesure où presque toutes les informations viennent de témoignages oraux. Mais ces dernières années, de plus en plus d’historiens se sont penchés sur le rôle joué par les esclaves dans la production de whisky aux Etats-Unis. Par exemple, de nombreuses annonces de vente d’esclaves au XVIIIe siècle faisaient référence aux qualifications de ces hommes en matière de distillation d’alcool.

Cet automne, la demeure historique du premier président américain, George Washington (1789-1797), accueillera une exposition sur l’esclavage, qui mentionnera notamment que la distillerie du président était opérée par six esclaves et deux contremaîtres écossais.

«Non seulement les esclaves constituaient le gros de la main d’oeuvre dans les distilleries, mais ils étaient qualifiés et jouaient souvent des rôles cruciaux dans le processus de création du whisky», résume le journaliste Clay Risen.

L’histoire de Nearis Green fera désormais partie de certaines visites guidées de la distillerie Jack Daniel’s à Lynchburg dans le Tennessee et sera mentionnée dans une campagne de marketing sur les réseaux sociaux cet été. L’historien de l’entreprise Jack Daniel’s est également en train d’étudier les origines du procédé du comité Lincoln, une façon de filtrer le whisky à travers une colonne de charbon de bois d’érable. La légende dit que cette pratique a été inventé par un certain Alfred Eaton du Tennessee, mais il se pourrait que le procédé ait ses origines dans les traditions de distillation des esclaves.

Source: Slate