Le jeune sud-Africain Elijah Djan fabrique des briques de construction à base de papier

Le produit semble improbable : une brique faite de papier. Mais son jeune inventeur sud-africain affirme que sa “Nubrix” est aussi résistante qu’une brique classique, et surtout bien meilleur marché. Elle s’attaque à deux problèmes à la fois : le gaspillage énorme de papier en Afrique du Sud et un manque criant de logements. 


L’Afrique du Sud se développe rapidement mais fait toujours face à de nombreux défis. La hausse du niveau de vie dans le pays s’accompagne d’une hausse de la consommation, et d’un plus grand nombre de déchets. Selon le département des Affaires environnementales, les Sud-Africains produisent 108 millions de tonnes de déchets-papierpar an. Moins de 10 % sont recyclés.

Dans le même temps, 1 900 000 familles vivent dans des cabanes et des habitations de fortune, selon le recensement de 2011, et le pays traverse une véritable crise du logement.

“Pourquoi ne pas faire d’une pierre deux coups ?”
Elijah Djan a seulement trois ans lorsqu’il fait sa première expérience scientifique devant sa classe de maternelle. Sa mère, professeur de sciences, l’aide à expliquer le fonctionnement de la gravité en observant une pierre jetée dans un étang.

Et c’est à l’âge de 11 ans qu’il a pour la première fois l’idée de recycler du papier pour faire un matériau de construction. Celui que ses camarades appellent le “Einstein noir” fabrique son premier prototype de brique faite de papier, et remporte un prix national pour son expérience. Il n’abandonnera pas son idée d’enfant.

Pendant des années, il va continuer à y réfléchir. Et aujourd’hui encore, certaines de ses premières briques, abandonnées dans le jardin de la maison, sont toujours intactes. 

J’ai construit un mur, et il tient toujours debout”

Elijah Djan a aujourd’hui 21 ans et il est en 3e année d’études d’ingénieur industriel à l’université de Pretoria. Il a transformé son projet d’enfance en une vraie entreprise, baptisée “Nubrix“.

J’ai eu cette idée en voyant mon père, qui est enseignant, brûler de vieux manuels. Je savais que c’était mauvais pour l’environnement, mais mon père m’a répondu qu’il arrêterait si je trouvais une meilleure idée pour utiliser ce papier.

Quelques mois plus tard, j’ai vu un documentaire sur les pénuries de logements bon marché de qualité en Afrique du Sud. C’est alors que j’ai eu l’idée. Pourquoi ne pas faire d’une pierre deux coups et fabriquer des matériaux de construction à partir de papier recyclé ?

Elijah Djan présente ses Nubrix lors d’un compétition régionale d’innovation.

En 2006, j’avais soumis mes briques à une première série de tests. Je les avais laissées dehors sous la pluie ; j’avais aussi fait des tests de compression. Puis en avril dernier, j’ai construit un mur dans mon jardin avec ces briques et un an après, il tient toujours debout.

Quoi qu’il en soit, si je veux vraiment les commercialiser comme matériau de construction, je devrai les soumettre à des tests intensifs réclamés par l’organisme de réglementation, dont des tests de résistance au feu, d’isolation thermique et acoustique, de durabilité et d’étanchéité.

Il y a un an encore, Elijah aurait été incapable de financer tous ces tests. Mais en novembre 2016, il a remporté le premier prix du concours d’innovation lancé par la province deGauteng. Il a gagné 200 000 rands [environ 14 000 euros] et la possibilité de travailler avec des parrains pour développer son projet.

Pour moi, ces briques sont juste un début. À terme, je veux créer toutes sortes de matériaux de construction, à base de produits recyclés. Je me vois comme un entrepreneur, mais l’innovation sociale sera toujours importante pour moi. La vie est injuste et ma foi me dicte de travailler à alléger un peu cette souffrance.

Phumlani Nkon-twana est un homme d’affaires sud-africain qui a parrainé Elijah pendant des années au travers de la Fondation Allan Gray Orbis, qui mène un programme de soutien à des lycéens intéressés par l’entreprenariat et l’innovation.

J’ai suivi 60 à 70 étudiants chaque année pendant huit ans, mais Elijah est vraiment sorti du lot. Ce qui m’a le plus impressionné, c’est le temps qu’il a passé sur cette idée, surtout à une époque où les gens recherchent des solutions rapides et une récompense immédiate. Il a seulement 21 ans et il travaille sur ses “Nubrix” depuis 10 ans déjà.

Je crois que l’innovation doit résoudre les vrais problèmes de notre monde. De façon générale, les hommes consomment trop. Nous faisons face à des risques majeurs pour notre environnement, mais peu de gens ont conscience de la crise imminente qui menace l’Afrique du Sud. Le fait qu’un jeune homme comprenne aussi bien le besoin d’innover dans ce domaine est impressionnant.

Je pense qu’il va devoir se battre pour commercialiser ses briques, parce qu’il est en avance sur son temps. Il n’y a pas encore de demande pour ce genre de produits. À moins que le gouvernement sud-africain ne devienne brusquement très “vert “et décide de rendre obligatoire la construction éco-responsable, il devra créer la demande de zéro. Il aura donc besoin de fonds pour lancer son produit sur le marché.

Quoi qu’il en soit, Elijah est un pionnier à sa façon. Il a le pouvoir de convaincre le secteur de la construction de se tourner vers l’innovation éco-responsable.

 

“Je pense qu’il va devoir se battre, parce qu’il est en avance sur son temps”

Source: Observers.france24