1696 – 1781 | Le Nègre de Pierre le Grand, général en chef d’armée de l’empire russe était d’origine camerounaise

Abraham Pétrovitch Hanibal est né en 1696 à Logone, actuel Cameroun, et mort le 20 avril 1781 en Russie. Il a été général en chef d’armée, directeur général des fortifications de l’Empire russe, chef du corps des ingénieurs, mathématicien, hydraulicien, riche propriétaire terrien et humaniste. Marié en secondes noces à une aristocrate suédoise, il a eu onze enfants. Sa petite-fille, Nadine Hanibal surnommée la belle créole, donnera naissance au poète russe Alexandre Serguievitch Pouchkine (1799-1837). D’origine princière, le jeune Hanibal fut victime de la traite ottomane et conduit comme otage, avec son frère, à Constantinople en 1703. Il avait 7 ans. Transféré clandestinement à la cour du tsar à Moscou,  il fut affranchi, adopté et baptisé par Pierre 1er.

En 1720, il intègre la nouvelle Ecole d’Artillerie de la Fère qui forme les premiers officiers du génie. En janvier 1723, il rentre en Russie avec son brevet d’ingénieur du roi et le grade de capitaine de l’armée française. Les sciences apprises en France font de lui le premier ingénieur militaire moderne de l’histoire russe. Pierre 1er le nomme lieutenant à la Compagnie des bombardiers de Preobrajensky et professeur dans ses écoles militaires. Maîtrisant plusieurs langues européennes, le français, le néerlandais, l’allemand, en plus du russe, il est nommé traducteur principal des livres scientifiques et militaires étrangers en russe au palais, puis précepteur de mathématiques et de fortifications du futur empereur Pierre II. Son implication active dans la vie politique russe – il est secrétaire d’un parti politique et proche du ministre et ambassadeur autrichien, le comte Raboutine – lui coûtera un exil de plusieurs années

(1727-1730) dans l’enfer sibérien après la mort de son parrain Pierre 1er.

Le « Vauban russe »

A partir de 1742, après la prise du pouvoir par Elisabeth Petrovna, fille de Pierre le Grand, il fait une impressionnante carrière militaire et occupe les plus hautes fonctions dans l’armée russe devenant le 4e personnage de l’Empire. Il est le « Vauban » russe. Gouverneur de la province de Vyborg, il est chef de la commission russe chargée de négocier le nouveau tracé des frontières entre la Russie et la Suède à l’issue de la Guerre de Sept ans. Son épouse, Christine-Régine de Schoeberg, issue de l’aristocratie suédoise, est l’arrière petite-fille de l’amiral de la flotte danoise et norvégienne, Lauritz Galtung. Leur fils aîné deviendra le général et amiral Ivan Hanibal, et leur petite-fille, Nadine Hanibal, surnommée la belle Créole dans les cercles mondains de Saint-Pétersbourg, donna naissance à Pouchkine.

La place centrale qu’occupera le poète Pouchkine dans la société russe explique les tentatives de certains savants russes de nier dans le passé toute ascendance « nègre » dans la généalogie de celui-ci. Ainsi, le futur académicien Dmitri S. Anoutchine lui inventa en 1899 une origine « éthiopienne ». Soutenir l’idée que les Ethiopiens n’étaient pas des « Nègres », et attribuer à Pouchkine une origine éthiopienne permettaient de rendre « acceptable » son ascendance africaine. Les travaux de Dieudonné Gnammankou dénonçant cette falsification de l’origine nationale du 1er général noir de Russie, Abraham Hanibal, ont conclu en une origine camerounaise, reconnue aujourd’hui en Russie par la plupart des spécialistes de Pouchkine. Ce dernier a rendu hommage à son bisaïeul noir en faisant de lui le héros de son roman historique inachevé, « Le Nègre de Pierre le Grand », et en créant un thème africain dans la littérature russe du XIXe siècle.