Nègres de maison VS Nègres des champs d’après Malcom X

Le 10 novembre 1963, Malcolm X adressa ce qu’il appela un « Message au Peuple »; un discours historique dans lequel il décrit les deux types d’esclaves qui vivaient au XVIIIe siècle dans une Amérique oppressive et cruelle. Selon lui, l’étude historique contenait des solutions aux problèmes contemporains : 

« Quand vous voyez que vous avez des problèmes, tout ce que vous avez à faire, c’est examiner la méthode historique utilisée dans le monde entier par d’autres qui ont eu des problèmes similaires aux vôtres. Et une fois que vous voyez comment ils ont obtenu leurs droits, alors vous savez comment vous pouvez obtenir les vôtres. » [1]

En retournant dans l’Histoire de l’esclavage, Malcolm X dénicha des parallèles et des ressemblances frappantes entre ce qu’il appelait les esclaves Nègres et les Afro-Américains du XXe siècle. En illustrant la dualité fascinante au sein de la communauté esclavagiste, le militant antiségrégationniste démontra comment l’Histoire ne cesse de se répéter

Pour comprendre et résoudre les problèmes de la communauté afro-américaine au XXe siècle, Malcolm X étudia l’Histoire de l’esclavage au XVIIIe siècle et découvrit des ressemblances frappantes entre les deux époques.

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« Du temps de l’esclavage, il existait deux sortes d’esclaves, deux sortes de Nègres. Il y avait le Nègre de maison et le Nègre des champs. Le Nègre de maison faisait toujours attention à son maître. Quand les Nègres des champs dépassaient un peu trop les bornes, il les retenait et les renvoyait à la plantation. Le Nègre de maison pouvait se permettre d’agir de la sorte parce qu’il vivait mieux que le Nègre des champs, il mangeait mieux, il s’habillait mieux et il vivait dans une plus belle maison. Il vivait dans la maison de son maître, dans le grenier ou la cave, il mangeait la même nourriture que son maître, il portait les mêmes habits que lui et il pouvait parler comme son maître, d’une diction parfaite. Il aimait son maître bien plus que son maître ne s’aimait lui-même. C’est pour ça qu’il ne voulait pas que son maître souffre. Si le maître tombait malade, le Nègre de maison disait : “Quel est le problème maître, sommes-nous malades ?” Sommes-nous malades !? Il s’identifiait à son maître plus que son maître ne s’identifiait à lui-même. Si la maison du maître prenait feu, le Nègre de maison luttait plus fort que son maître pour éteindre l’incendie. Il était prêt à donner sa vie plus rapidement que le maître ne le serait pour sauver sa maison. » [2]

 

À l’opposé, nous explique Malcolm X, les esclaves des champs subirent une tout autre vie : « Sur cette même plantation, il y avait les Nègres des champs qui formaient les masses. Les Nègres des champs avaient droit à l’enfer. Ils vivaient dans des cabanes, ils portaient les pires des habits et ils mangeaient la pire des nourritures. Ils n’avaient rien à perdre. Ils se faisaient battre du matin au soir et ils sentaient la terrible douleur du fouet. Le Nègre des champs détestait son maître. Je dis : il détestait son maître ! Il était intelligent. Si le maître tombait malade, il priait pour que le maître meure. Si la maison du maître prenait feu, il n’essayait pas de la sauver, il priait pour qu’un vent fort arrive. C’était la différence entre les deux. Et aujourd’hui, il y a toujours des Nègres de maison et des Nègres des champs… Moi, je suis un Nègre des champs ! » [3]

Les « Nègres des champs » formaient les masses dans la communauté des esclaves noirs. Ils menaient une vie très difficile, ils vivaient dans des cabanes et se faisaient régulièrement battre par leur maître qu’ils détestaient.

 

Malcolm X avait raison, à ce jour il existe encore des Nègres domestiqués et des Nègres des champs. La dichotomie entre les deux types d’esclaves à l’époque esclavagiste n’est pas seulement comparable aux différences dans la communauté afro-américaine contemporaine, elle reflète aussi la réalité des musulmans issus des banlieues de grandes villes européennes telles que Paris, Bruxelles et Amsterdam.  

La différence en réaction à l’oppression apparaît très clairement en France au sein de la communauté musulmane. Conscients de l’injustice sociale, les musulmans français ont développé différentes mentalités pour faire face à leur situation qui est très semblable à celle des esclaves afro-américains. Ainsi, la mentalité du Nègre de maison est facilement décelable chez le beur occidentalisé qui s’est résolument engagé à devenir un bon citoyen laïc. Entièrement assimilé à la culture française, il quitte les banlieues pour atteindre un statut social plus élevé, espérant un jour pouvoir bénéficier d’une égalité de traitement.

Extrait de “Malcolm X, Discours aux Cités de la République”

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[1] Malcolm X, « Message to the Grassroots »

[2] Ibid

[3] Ibid