Les Etats Arabes doivent, aussi, assumer la traite des noirs

« Le douloureux chapitre de la déportation des Africains en terre d’Islam est comparable à un génocide. Cette déportation ne s’est pas seulement limitée à la privation de liberté et au travail forcé. Elle fut aussi – et dans une large mesure – une véritable entreprise programmée de ce que l’on pourrait qualifier d » »extinction ethnique par castration » Tidiane Ndiaye, Le Génocide Voilé, Gallimard, 2008.

Inévitablement associée à son aspect occidental, la traite d’esclaves africains a aussi concerné le Maghreb et le monde arabe. Le plus grand commerce négrier de l’Histoire a permis la déportation de 40% des 42 millions de personnes vers le Maroc, en Algérie, en Arabie Saoudite, en Égypte, etc. Les comptes tenus par le Sultan de Zanzibar ont évalué à plus 700 000 les esclaves qui ont transité par l’île vers le Golfe arabo-persique entre 1830 et 1872.

 

 

Par le Sahara et par les voies maritimes 14 millions d’esclaves furent vendus avec de l’ébène, de l’or et de l’ivoire par des chefs subsahariens contre des chevaux, du sel, des armes et des produits manufacturés. Jeunes hommes, femmes et enfants employés pendant 14 siècles aux travaux des plantations de girofliers, dans les harems, aux armées, dans des conditions épouvantables, déshumanisantes. Selon Catherine Coquery-Vidrovitch « La mortalité était très élevée, ce qui signifie que 15 à 20% des esclaves de Zanzibar (soit entre 9.000 et 12.000 individus) devaient être remplacés chaque année ».

Quasi inexistants les descendants d’esclaves noirs sont remplacés aujourd’hui par une importante population immigrée qui subit les affres d’un racisme et d’une discrimination enracinés dans une amnésie totale du passé négrier de ces pays.

Ce lourd héritage occulté par les États arabes demeure une réalité du 21ème siècle. Sous des formes différentes, l’esclavage de centaines de milliers d’adultes et d’enfants noirs est une honte pour les pays du Golfe mais aussi pour la majorité des pays arabes. Après l’important travail de mémoire sur la traite des noirs entrepris par les nations occidentales (lois, musées et initiatives de la société civile) et de plus en plus par l’Afrique noire (1ère loi africaine au Sénégal et nombreux lieux de mémoire), il importe que le monde arabe ouvre ce chapitre de son histoire pour dessiner un quotidien plus humain pour ses populations.

© Fondation du Mémorial de la traite des noirs