L’UNITÉ SPIRITUELLE DE L’AFRIQUE NOIRE LE CULTE DES ANCÊTRES CHEZ LES BAMILÉKÉS

Le culte des ancêtres chez les Bamilékés est basé sur la reconnaissance intuitive du fait que l’homme est une entité spirituelle immortelle temporairement incarnée dans un corps physique. Les Spiritualistes Bamilékés (les sages qui originellement posèrent les fondements des traditions spirituelles Bamilékés), croient qu’un seul courant d’ÉNERGIE, qu’on peut aussi appeler courant de VIE, de FORCE, de PUISSANCE, de CONSCIENCE ou d’ESPRIT, imprègne tout l’univers et tous les êtres qui s’y trouvent. Les Bamilékés lui donnent le Nom de « N’SI ».

N’SI : LA CONSCIENCE UNIVERSELLE
Les Spiritualistes Bamilékés, croient que « N’SI », la Conscience unique, l’Énergie universelle est sans origine et sans fin. En d’autres termes qu’Elle n’a pas de borne et il n y a pas de point identifiable où on peut affirmer qu’Elle commence et où Elle finit.
LA DUALITÉ DE L’ÊTRE
Le spiritualiste Bamilékés croit que « SI » le Créateur se manifeste dans l’univers sous 2 aspects : un aspect matériel (visible) et un aspect immatériel (invisible). Selon lui, le monde est divisé en 2 Plans : un plan qui nous est « visible » et un plan qui nous est « invisible ». Il croit que chaque créature dans l’univers est un mariage de ces 2 aspects.
LA MORT EST LA SÉPARATION DU MATÉRIEL DE L’IMMATÉRIEL.
Ce dualisme de la manifestation divine est pour le Spiritualiste Bamilékés la clef qui nous permet de comprendre le phénomène de la « MORT ». La Mort n’est que la séparation de l’aspect « visible » ou matériel d’un être ou d’une chose, de son aspect « invisible » ou immatériel. Le spiritualiste Bamilékés pense également que notre corps physique n’est qu’un véhicule que l’ÂME, notre moi véritable, utilise pour s’exprimer sur terre. Pour lui, le siège de la conscience et de la personnalité se trouve dans l’ÂME. La Personnalité survit après la « mort » terrestre. Elle est immortelle.
LA VIE EST LA SEULE RÉALITÉ
Le spiritualiste Bamilékés pense que seule la VIE existe. Il croit que le phénomène de la « MORT » tels que nous le connaissons est purement illusoire. Les spiritualistes Bamilékés croient que l’Esprit Universel (« N’SI ») se rend tantôt visible (à travers les myriades de tout ce que nous voyons dans le monde), tantôt Il se rend invisible et disparaît du monde objectif. Ce cycle d’incarnation et de désincarnation est perpétuel, éternel et infini.
LE BUT ULTIME DE LA VIE
Pour les spiritualistes Bamilékés, l’ÂME universelle ou l’Esprit divin « N’SI » est en essence absolument parfaite. Mais « N’SI », le Créateur n’est pas conscient de Sa perfection et aspirerait a cette prise de conscience totale. Les Spiritualistes Bamilékés croient qu’en manifestant un corps physique et en prenant possession de ce corps pour s’exprimer sur terre, « SI » (la Puissance Créatrice) se donne une opportunité d’expérimenter et de se réveiller à la gloire infinie de sa propre divinité. Pour les spiritualistes Bamilékés, « N’SI » (le Créateur) est en perpétuel éveil et en continuelle expansion à travers l’ensemble de la création. Cette expansion serait sans fin.
CHAQUE ÊTRE EST SUR LE CHEMIN DE L’ÉVEIL SPIRITUEL
Les spiritualistes Bamilékés croient ainsi que chaque manifestation dans l’univers Co-participe de cette expansion et de cet éveil continuel de l’Esprit universel. Chacune d’elle est sur le chemin du réveil à la divinité de sa nature.
En d’autres termes chaque être évolue vers la réalisation d’un contact ou d’une identification de plus en plus consciente et de plus en plus totale avec l’Esprit universel, « N’SI» qui est TOUT.
Pour les Spiritualistes Bamilékés, plus l’être progresse dans ce réveil, plus il est objectivement conscient que lui et le Créateur sont UN et que comme tel il a la même sagesse et les mêmes pouvoirs illimités.
Dans le même ordre d’idées, les spiritualistes Bamilékés croient que la différence spirituelle fondamentale qu’il y a entre 2 créatures est la différence entre le degré de réalisation consciente de l’unité intérieure de chacune d’elle avec « SI », l’Esprit universel.
De toutes les créatures terrestres, le spiritualiste bamilékés croit que l’être humain est celui qui est le plus avancé dans cette prise de conscience de son unité avec « SI » (le Créateur). Entre les humains il y aurait de ce point de vue, d’une personne à l’autre des différences qui peuvent parfois être notables.
LA DUALITÉ DE L’ÊTRE HUMAIN
Les spiritualistes Bamilékés croient que tout comme chacune des manifestations de « SI » le Créateur, l’être humain a une nature double : D’un côté nous avons un corps physique qui est visible et d’un autre coté nous avons un corps immatériel qui est objectivement invisible.
Les spiritualistes Bamilékés croient que notre Corps physique et notre Corps spirituel ont entre eux une force tampon que nous avons appelé « Force Vitale » ou encore le «Souffle de Vie ». La Force Vitale est une Énergie qui n’a aucune autonomie propre.
C’est une force intermédiaire dont le rôle est de permettre le contact et l’inter -échange entre l’ÂME et son véhicule qu’est le Corps physique.
La Force Vitale se trouve dans L’AIR de l’Atmosphère terrestre. Elle est introduite dans le corps par la Respiration. L’ÂME utilise cette force pour interagir avec le corps physique et produire les différents mouvements de la conscience et toutes les activités du corps que sont par exemple : la motion physique, la régénération, l’assimilation, la croissance, la sensation, le raisonnement, la réflexion, la vie, la conscience objective, etc.
Les spiritualistes Bamilékés croient qu’à la « Mort » cette Force vitale se dissocie du corps et de l’âme, provocant la séparation définitive du Corps Spirituel d’avec notre Corps Matériel.
LA MORT EST UN RÉVEIL SUR UN AUTRE PLAN
Pour le Spiritualiste Bamiléké, Il n y a pas de Mort à proprement parler. Seules la forme, les apparences et le plan sous lesquelles nous nous manifestons changent.
La « mort » telle que nous l’expérimentons souvent n’est qu’un réveil sur un autre plan de la vie.
Le spiritualiste Bamiléké croit que pendant le phénomène que nous appelons « Mort » nous abandonnons simplement le véhicule physique qui nous était nécessaire pour fonctionner sur terre et continuons notre vie dans un autre monde.
Ce nouveau plan est le Monde où vivent tous ceux des nôtres qui ont quittés le plan terrestre avant nous. Les Spiritualistes Bamilékés l’appellent le «Monde des Ancêtres ».
LE MONDE DES ANCÊTRES EST CELUI OU VONT LES MORTS
Pour le Spiritualiste Bamiléké, après un séjour, de durée variable selon les individus, dans le « monde des Ancêtres », nous revenons sur terre dans un nouveau corps physique, de préférence dans la même lignée familiale.
Le spiritualiste Bamiléké croit que lors de notre retour sur terre, il peut arriver que pour des nécessités d’évolution ou de diversification de notre champ d’expériences, nous choisissions de changer de famille, de village, de pays, de race et même de sexe.
NOTRE PRÉSENTE VIE SUR TERRE N’EST PAS LA PREMIÈRE.
Selon le spiritualiste Bamiléké, nous avons pour la plupart, vécu plusieurs milliers de « vies » sur cette terre. Ce qui signifie aussi que nous avons déjà effectué d’innombrables séjours dans le « Monde des Ancêtres ».
Notre présente vie sur terre ne serait donc pas la première, ni la dernière.
Comme énoncé plus haut, l’ÂME est une émanation directe de « N’SI », le Créateur et a par conséquent les mêmes facultés et pouvoirs infinis que le Créateur.
L’INCARNATION DANS LA MATIÈRE LIMITE L’ÂME
Les Spiritualistes Bamilékés croient que l’ÂME incarnée dans un corps matériel est limitée par ce corps physique.
Selon les spiritualistes Bamilékés, l’Etre Humain (l’ÂME incarnée) retrouve ses pouvoirs spirituels après sa séparation définitive avec le corps physique (désincarnation).
Après la « désincarnation », l’ÂME du défunt, désormais débarrassée du poids et des limitations du Corps physique, est consciente de son contact, de sa perfection intérieure et son unité avec “SI”, l’Esprit divin universel.
L’ÂME désincarnée a recouvré son état de pureté originelle et n’est plus capable que d’Amour.
LES MORTS NE SONT PLUS SOUMIS AUX CONTRAINTES DU CORPS PHYSIQUE
Les spiritualistes Bamilékés croient que les Ancêtres sont en excellente position pour nous venir positivement en aide si nous les contactons.
Cette position privilégiée qu’occupent les Âmes désincarnées (les «Ancêtres»), justifie la place sacrée qui est la leur dans la « spiritualité bamiléké ».
Les « Ancêtres » sont tous ceux des nôtres qui ont quittés leur corps physique et qui par conséquent ne sont plus limités par les contraintes du monde matériel. Ils vivent dans cet état et sur ce plan purement spirituel où ils ont retrouvés la plénitude de leurs pouvoirs divins.
EST-IL POSSIBLE D’ENTRER EN CONTACT AVEC LE PLAN DES MORTS ?
Les Spiritualistes Bamilékés croient qu’il est possible d’entrer en contact avec nos Ancêtres qui sont dans l’au-delà.
Lors d’un tel contact intérieur nous pouvons solliciter leur aide directe exactement comme si nous nous adressions à « N’SI », ou leur demander d’intercéder auprès de «N’SI» le Créateur, en notre faveur, pour nous soutenir ou nous aider à résoudre un problème quelconque que nous rencontrons sur terre.
Les spiritualistes Bamilékés croient que ces Ancêtres nous pourvoiront une telle aide avec d’autant plus de promptitude et de bonne volonté qu’ils nous ont connus ou ont connus nos proches pendant qu’ils étaient sur terre;
Ces Ancêtres répondront à notre sollicitation d’aide avec d’autant plus de bonne volonté qu’ils nous ont aimé et nous aiment très sûrement toujours.
C’est la véritable justification de certains rituels et prières qui gravitent autour du Culte Sacré des Crânes

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POURQUOI L’UTILISATION DES CRANES DANS LE CULTE DES ANCÊTRES CHEZ LES BAMILÉKÉS ?
Les spiritualistes Bamilékés croient qu’un objet matériel qui a pendant plus ou moins longtemps été en contact physique direct avec un défunt de son vivant, est imprégné de son essence spirituelle propre et peut constituer un excellent moyen pour faciliter le contact intérieur ou la mise en résonance avec son âme qui est dans l’au-delà.
Pour le Spiritualiste bamiléké, l’OS humain, par ce qu’il est l’un des objets matériels qui nous « appartient » le plus intimement et qui survit le plus longtemps après notre « mort », est un excellent moyen pour entrer spirituellement en contact avec le défunt qui se trouve dans l’au-delà et à qui cet os appartenait.
LA TÊTE, par ce qu’elle est la partie supérieure de notre corps, est traditionnellement associée à l’esprit, à la pensée, à la conscience, à l’âme et aux plans supérieurs.
Les spiritualistes Bamilékés croient que l’OS CRÂNIEN est de tous les os celui qui peut logiquement le mieux faciliter notre mise en résonance intérieure avec l’âme du défunt qui se trouve sur les plans purement spirituels.
Telles sont l’origine, l’explication et la justification de la pratique spirituelle qui chez les Bamilékés vise à déterrer et préserver les Crânes des défunts.
Les crânes des défunts sont utilisés dans le but de vibrer en résonance avec l’Esprit de ces défunts qui se trouvent dans l’au-delà.
Le contact spirituel ainsi réalisé est utilisé pour communier avec le(s) défunt(s) ou plus souvent encore, pour effectuer des demandes ou des prières d’action ou d’intercession auprès de « N’SI », le Créateur. Telle est la véritable signification et l’objet du Culte des Crânes.
Dans la pratique, quelques mois ou plus souvent quelques années après sa désincarnation ou son départ du plan terrestre, le Crâne du défunt Ancêtre devrait être déterré.
Le crâne devrait ensuite être placé en un lieu sacré de la concession sous la garde du successeur légitime de la lignée familiale. Les membres de la famille qui en éprouvent le besoin devraient venir auprès de ces crânes invoquer l’Énergie et la Conscience des Ancêtres à travers des prières accompagnées s’ils le désirent de sacrifices ou de dons qui sont essentiellement ‘‘symboliques’’.
Sans la compréhension nécessaire, les pratiques qui entourent le «Culte des crânes » peuvent paraître très obscures. Sous des formes extérieures différentes, ces pratiques sont plus répandues que cela en a l’air.
L’utilisation par exemple des « reliques » des Saints chez les Chrétiens catholiques est le point qui nous intéresse ici.
LE CULTE DES ANCÊTRES A TRAVERS LES CRANES ET CULTE DES SAINTS A TRAVERS LES RELIQUES EST ESSENTIELLEMENT LE MÊME.
Y aurait-il des similitudes fondamentales entre les pratiques du Cultes des Crânes chez les Bamilékés et le « Culte » accordé aux « Saints » chez les Chrétiens Catholiques?
Le fait est que les croyances de base qui sous-tendent le culte des « saints » chez les catholiques sont essentiellement les mêmes que celles qui sous-tendent le culte des ancêtres chez les Bamilékés. Je m’explique : Chez les Chrétiens catholiques, les fidèles adressent des prières à certains de leurs défunts que la hiérarchie de l’église a élevés au rang de « Saint ».
Certains fidèles portent souvent sur eux, dans leur maison ou dans leur voiture des objets à l’effigie de ces « Saints » ou pour ceux qui peuvent des objet ou reliques ayant appartenu aux Saints.
Le but clairement avoué est de s’assurer l’influence protectrice de ces défunts à partir de l’au-delà où ils sont supposés se trouver.
Le corps physique des « Saints » est souvent déterré longtemps après leur désincarnation (mort). Les reliques ou OS de ces Saints sont utilisés de diverses manières qui toutes visent un seul but : attirer la protection ou l’influence positive du « Saint » sur une personne ou sur un lieu.
Nous retrouvons par exemple ces reliques dans certaines Églises où elles sont souvent incrustées sur l’Autel de la Messe au moment de sa construction.
Le but étant d’attirer l’influence positive de ce « Saint » sur cette Église qui souvent porte son Nom.
Comme nous l’avons vu, c’est dans le même esprit que les Spiritualistes Bamilékés se servent des crane de leur défunts.
PRINCIPALE DIFFÉRENCE ENTRE LE CULTE DES ANCÊTRES ET LE CULTE DES SAINTS
La principale différence entre le culte des Ancêtres chez les Bamilékés et le culte des Saints chez les catholiques est que pour les Spiritualistes Bamilékés, toutes les Âmes désincarnées (les Morts) peuvent être invoquées, alors que pour les Chrétiens Catholiques, ce privilège n’est réservé qu’a un nombre très limité d’ÂMES qui sont reconnues pour avoir mené une vie exceptionnellement pieuse pendant qu’elles étaient incarnées et qui par conséquent sont supposées occuper une hiérarchie particulièrement élevée dans l’au-delà ou elles se trouvent.
Comme nous allons le voir, cette subtile différence entre le culte des ancêtres et les cultes des Saints n’est que superficielle.
La question à se poser est celle-ci : Est-ce que les spiritualistes bamilékés accordent aux Âmes désincarnées (celles qui ont quitté le plan terrestre) la même place ?
CERTAINES ÂMES DÉSINCARNÉES SONT DES ÂMES RÉALISÉES
Nous avons énoncé plus haut que les Spiritualistes bamilékés croient que l’Âme s’incarne dans un corps physique pour se donner une opportunité de s’éveiller a la réalisation consciente sa Perfection divine pendant qu’elle est incarnée.
A cet effet, le degré de réalisation consciente de l’unité intérieure avec «N’SI», DIEU, l’Esprit universel varie d’un être humain à l’autre.
Quand un être humain (âme incarnée) a atteint ce qui peut être considéré comme le but ultime de l’incarnation à savoir : la Totale réalisation de son unité intérieure avec le divin, cette Âme incarnée peut être considérée comme « Sainte ».
Quand une telle Âme quitte le plan terrestre, elle peut (contrairement aux autres Âmes qui n’ont pas encore réalisé leur unité avec le divin) choisir de ne plus revenir sur terre, car il n y a vraiment plus de nécessité spirituelle pour son évolution.
Cette Âme retrouve alors l’au-delà ou elle assume une position de gloire et de puissance spéciale. La puissance d’une telle Âme est relativement plus grande et nous devons nous attendre quand on l’invoque lors de nos rites et prières à plus des résultats plus « merveilleux ».
Sous cet éclairage, nous pouvons affirmer que le culte et les pratiques autour des reliques des Saints chez les Chrétiens Catholiques convergent avec l’essentielle des croyances et pratiques spirituelles originelles qui sous-tendent le culte des Ancêtres et les Cranes chez les Bamilékés.
De: Ta Goua Nom

Source Kongo Mawon Gwadloup