Surya Bonaly la patineuse rebelle

À 44 ans, Surya Bonaly patine toujours. Celle qui a été cinq fois championne d’Europe, trois fois vice-championne du monde, et neuf fois championne de France, a refait sa vie aux États-Unis. Devenue coach, c’est désormais elle qui donne les consignes.
Maintenant qu’elle est passée de l’autre côté de la rambarde, où se postent, généralement les bras croisés, les entraîneurs. Car madame est devenue coach. Oh, mais pas du genre « tyrannique », plutôt « mère protectrice », glisse l’ancienne championne française naturalisée américaine. Aujourd’hui, c’est elle qui a le droit de crier : « Fais comme ci ! », « Fais comme ça ! » à ses élèves. Et ça l’amuse bien !

Elle donne des cours à Las Vegas, où elle vit depuis 16 ans, et à Minneapolis, d’où est originaire son petit ami. « J’encadre de jeunes Américains, de tout niveau et de tout âge. Ils veulent tous un jour briller aux championnats des États-Unis, c’est le Graal. Mais c’est la jungle aussi. Car les sélections sont très difficiles, il y a tellement de prétendants, bien plus qu’en France. »

« Je suis encore la rebelle, c’est agaçant »

Surya Bonaly s’est vite fait un nom aux États-Unis. (Photo : Olivier Brajon)

Surya Bonaly, qui a pris sa retraite en 1998, passe finalement autant de temps qu’avant dans les patinoires, jusqu’à 10 heures par jour. Il lui arrive de commencer à 5 h du matin, de manger un sandwich à la va-vite, et d’enchaîner les cours jusqu’à la nuit tombée.

Elle a le patin bien accroché à son petit corps d’un mètre soixante-deux. « C’est ma passion de toujours. Elle m’a parfois déçue, mais donné aussi tellement de joie », raconte celle qui a fait ses premiers pas sur la glace à 18 mois seulement. À 12 ans, elle devenait championne du monde junior de tumbling. Ensuite, c’est l’explosion : cinq titres européens, trois médailles d’argent mondiales, et neuf sacres de championne de France. « Ici, la plupart des gens savent qui je suis. Certains me demandent s’ils peuvent voir mes médailles. Je les ai emmenées avec moi quand j’ai déménagé à Las Vegas. »

Au-delà des médailles, ils en savent aussi beaucoup sur son tempérament, en tout cas sur sa réputation de rebelle. La preuve, ce documentaire diffusé sur une chaîne américaine cet été, produit par Eva Longoria, la star de « Desperate Housewives ». Et devinez le titre ? « Rebelle sur la glace ». Surya Bonaly a moyennement apprécié : « Quand on fait du sport, on est à fond, on n’est pas là pour plaisanter. On a une fausse image de moi, celle d’une nana qui n’a jamais souri dans sa carrière. Parce que vous croyez que les athlètes se marrent avant le départ d’une course ? Cette image de rebelle, ça m’agace. Franchement, vingt ans après… Vous savez que ça m’a aussi joué des tours avec les garçons qui ne voulaient pas d’une rebelle ? Tsss… »

 

23 ans après avoir refusé de monter sur le podium des Mondiaux, Surya Bonaly traîne toujours derrière elle une réputation de rebelle. (Photo : AFP/Surya Bonaly)

Ses coups d’éclats sur les podiums ont donc eux aussi traversé l’Atlantique. Le plus connu étant celui survenu lors des mondiaux de Chiba, au Japon, en 1994. La Française d’origine réunionnaise a d’abord refusé de monter sur le podium, s’estimant « volée ». Elle a fini par se raviser, mais n’a gardé que quelques secondes autour du cou sa médaille d’argent. « Ce jour-là, je méritais vraiment le titre. » Certains ne lui ont toujours pas pardonné la scène.

C’est donc aussi pour changer d’air qu’elle a quitté la France après les Jeux Olympiques de Nagano en 1998. « Évidemment que j’aurais aimé faire mon après-carrière en France, c’est mon pays. J’aurais aimé m’occuper de la nouvelle génération de patineurs. Mais ça ne s’est pas fait, je ne rentrais pas dans les codes. Tant pis. Je suis bien ici. » Las Vegas lui rappelle d’ailleurs sa Cote d’Azur natale : « Il y a les palmiers et il fait beau tout le temps. » Elle vit toujours près de sa mère, Suzanne, qu’elle a au téléphone tous les jours.

Surya Bonaly rentre rarement en France, elle n’y a pas mis les pieds cette année. La dernière fois, c’était pour le tournage de l’émission « Ice Show » sur M6, et pour le spectacle « Holiday on Ice », où elle a retrouvé un autre ancien roi des patins, Philippe Candeloro. « On a fait 90 spectacles, j’étais lessivée à la fin. »