Cameroun | Arthur Zang : « Transformer les start-up en industries »

Arthur Zang, l’Inventeur du Cardio Pad, une tablette tactile dotée d’applications à usage médical, il dirige la start-up Himore Medical Equipment.

Lorsque j’ai fondé ma société en 2014, je travaillais depuis cinq ans sur la recherche et le développement du Cardio Pad. L’idée est née d’une rencontre en 2009 avec le cardiologue Samuel Kingué. Il m’a parlé de ses difficultés à diagnostiquer des patients vivant dans des zones reculées. Nous avons travaillé un an pour mettre au point le Cardio Pad qui permet de faire des électrocardiogrammes à distance.

Je n’étais pas prédestiné à être entrepreneur. En tant que fils de fonctionnaires, j’ai été incité par ma famille à m’orienter vers la fonction publique. Ma mère, infirmière, a cependant été d’accord pour avancer les fonds qui m’ont permis de démarrer. J’ai envoyé mon projet à Microsoft dans le cadre de la compétition Imagine Cup organisée tous les ans. Ce prix m’a permis de recevoir du matériel pour développer mon système d’exploitation, puis d’obtenir un prêt bancaire. En 2011, j’ai enregistré une vidéo sur le fonctionnement du prototype de Cardio Pad sur YouTube. La presse en a parlé et le président Paul Biya l’a remarquée. Il m’a octroyé une subvention de 35 000 euros pour fabriquer les premiers appareils.

Désormais, les banques locales m’accordent des prêts de l’ordre de 50 000 euros parce que j’ai des garanties. Elles ne prennent pas de risques : elles préfinancent la fabrication des tablettes sur la base des bons de commande que nous sommes en mesure de leur présenter. La société a aujourd’hui 14 employés. Elle a dépassé 500 millions d’euros d’investissement qui proviennent surtout d’actionnaires du secteur privé camerounais qui croient au projet. Environ 300 tablettes ont été vendues depuis janvier 2016 en Afrique centrale, aux Comores et au Népal. Nous les facturons 3 000 dollars pièce à des hôpitaux qui les louent ensuite aux patients contre un abonnement de 29 dollars par an.

En dehors de l’accès aux financements, les obstacles que ma start-up a rencontrés ont trait à la maîtrise des processus de fabrication sur le plan technique. Faute d’une industrie locale d’appareils médicaux, il a fallu trouver des partenaires étrangers, en Chine et en Corée, pour fabriquer les composants que nous assemblons ensuite à Yaoundé.

Si nous voulons parler d’innovation en Afrique, un continent qui ne dispose pas encore des laboratoires qu’il mérite, il faudrait prendre la recherche beaucoup plus au sérieux. Compte tenu des budgets alloués aux universités, ce n’est pas demain que l’Afrique sera leader dans l’innovation. La recherche reste lourdement pénalisée par le manque de financements. Lever des fonds pour développer des idées reste peu courant dans nos pays. Or, pas d’innovation sans recherche ! Décrire l’Afrique comme le nouvel eldorado de l’innovation me laisse sceptique. Mon sentiment est qu’on ne sait pas où l’on va, faute de vision claire pour lancer des filières et transformer des start-up au Cameroun en véritables industries. On ne parvient pas non plus à lier les universités à la création d’entreprises. Investir dans la recherche relève d’une culture que nous n’avons pas : l’idée est de développer très vite, de vendre très vite et de se focaliser sur les chiffres, sans fondations vraiment solides.

Le but et fonctionnalité du CardioPad 

Avec le CARDIOPAD, les personnes qui vivent dans les campagnes peuvent recevoir un suivi cardiaque de qualité sans avoir à se déplacer pour les villes. 
FONCTIONNALITE: l’infirmier effectue les examens ECG aux patients situés en zone rurale.
Il transmet les données du patient à un cardiologue situé en ville ou à l’extérieur du pays. Le cardiologue les reçoit dans son smartphone grâce à l’application readdiag et établit un diagnostic qu’il renvoie à l’infirmier qui, par la suite, communiquera les résultats au patient.

En savoir plus ici  CardioPad Project