Ma pauvreté contre la tienne L’Afrique au-delà des générations

Selon la Bible, autrefois les hommes avaient une espérance de vie de plusieurs siècles. Adam aurait ainsi vécu 930 ans, Abraham: 175 ans etc… Selon la science et les résultats des paléontologues, les dinosaures ont disparu il y’a 65 millions d’années. Enfin, l’astronomie nous enseigne qu’il faut 2,4 millions d’années-lumière pour rejoindre la galaxie voisine Andromede. Des chiffres vertigineux qu’on a du mal à se représenter en tant qu’être humain insignifiant, mais qui ont le don de faire rêver par leur caractère quasi surnaturel.
Malheureusement, depuis que l’Africain sait qu’il ne vit en moyenne que 60 – 70 ans, sinon moins, il semble avoir réorienté son mode de pensée en fonction de cette réalité fatale. Et nous tenons là une énième raison du sous-développement du continent. Car lorsque tu penses à court terme, il va de soi que tu ne développeras pas la conscience des projets à long terme. Il n’existe pas de raison autre que celle-ci pour expliquer le manque criant d’infrastructure sociale et l’absence d’innovations dignes de ce nom dans la plupart des pays d’Afrique Noire.

Les pays occidentaux en revanche disposent de centres de recherche et d’analyse pratiquement capables de “prédire l’avenir”. Ces bureaux de réflexion élaborent des théories sur ce que sera le monde dans 30 ou 50, voire même 150 ans, et sur comment maintenir le monopole politico-économique dont ils disposent actuellement. Ils peuvent se tromper (et le font d’ailleurs très souvent), mais on voit au moins par là l’état d’esprit d’un peuple qui, bien que conscient d’être éphémère (et peut-être justement pour cette raison), sait préparer le terrain pour les générations suivantes.

Par exemple: le taux de natalité en Allemagne est, depuis des décennies, extraordinairement bas. Le mode de vie assez carré des Allemands les pousse à de minutieux calculs avant de se décider à avoir une progéniture. Et puisque les politiques d’incitation à cet effet ne portent pas leurs fruits, le pays a fortement libéralisé sa législation sur l’immigration. Raison pour laquelle on y retrouve une aussi forte communauté Turque (Environ 5 millions ), venue en ouvriers vers le pays en reconstruction après la guerre il y a 3 générations (A partir de 1961).
Selon l’hebdomadaire le plus lu du pays, la <Bild Zeitung>, 34% de la population aura plus de 65 ans en 2060. Devant cette issue inquiétante, l’Allemagne se sent contrainte de prendre les devants, et accueille donc en moyenne un demi million d’Etrangers par an. Dans son numero en ligne du 27 mars 2015, le journal <Der Spiegel> précise qu’en raison de la main d’œuvre manquante, le pays a besoin chaque année de 533 000 nouveaux venus.

C’est ce qu’on appelle anticiper l’avenir. Car il faudra des mains pour construire les nouvelles générations de ICE, (InterCiuty Express, l’équivalent germanique du TGV), dont le tout nouveau modèle, le ICE 4, fut présenté au public le mercredi 14 septembre 2016 à Berlin. Il faudra des hommes pour les conduire, les réparer… En un mot, il faudra de la jeunesse pour entretenir les différents secteurs d’activité, afin que l’Allemagne ne perde pas sa place de choix dans le cercle très fermé des superpuissances mondiales.

Et c’est de cette manière que procèdent tous les pays développés. Grâce à leurs très efficaces Think Tanks (Ecoles de pensée), ils tablent jour et nuit sur les meilleurs (et les pires) mécanismes de maintien de leur suprématie, aujourd’hui et demain.. C’est pour cette raison que, lorsque le cosmonaute Russe Yuri Guegarrine devient le premier homme à quitter la Terre (Le 12 avril 1961), et Valentina Terechkova la première femme le 19 juin 1963, les Américains piqués au vif, se fixent un défi plus audacieux pour assurer leur prestige et restaurer leur honneur blessé: se POSER sur le sol lunaire. Chose faite par Neil Armstrong, le 21 juillet 1969. L’aboutissement du rêve du President J.F. Kennedy, mort 6 ans auparavant.

Pour ne pas demeurer la prostituée des nations, l’Afrique aussi doit penser son modèle de décollage et le centrer vers le futur. Tous les pays qui l’ont fait en sont sortis grandis.

C’est d’ailleurs pour cette raison qu’en 2017, la France continue de dominer le Cameroun, le Togo, le Gabon, la RCA, le Tchad, le Sénégal, le Mali, la Côte d’Ivoire etc… Tant de pays qu’un seul Etat maintient sous son joug! Parce que le Général de Gaulle, venimeux pour l’Afrique mais visionnaire pour la France, avait pris soin en 1945 d’imposer à ses anciennes colonies un système monétaire empoisonné, tout en interdisant les échanges commerciaux avec d’autres États, et en plaçant des Français dans les Conseils d’Administration des Banques centrales africaines. Nul besoin de mentionner les absurdes contrats exorbitants qui ont été signés entre les sinistres multinationales et nos dirigeants aveugles sur des périodes tout aussi absurdes, allant de 20 ans à un demi siècle. La seule finalité ne peut être que la paralysie du développement de nos pays, tel un python qui étouffe sa proie de son étreinte.

Alors si les Africains, leurs dirigeants en chefs de file, ne se joignent pas au voyage en mettant dans leurs programmes sociaux les générations futures, on se retrouvera encore avec des multinationales qui puiseront les richesses de nos pays en 2060. Si les ministres continuent de ne voir que l’avenir de leur famille, on aura encore des routes non bitumées et des coupures d’électricité en 2070 alors que les Indiens et les Chinois seront entrain d’envoyer des hommes sur Mars.

Conclusion:

Ministre ou pas, dirigeant ou dirigé, chef ou sujet, si tu es Africain et que tu as un projet, assure-toi avant de le mettre sur pied qu’il n’est pas qu’une sorte de “tube de l’été” et qu’il ne disparaîtra pas avec toi. L’homme est éphémère mais l’œuvre est éternelle. La fierté d’une Nation est le fruit entre autres du bon travail de ses ancêtres. Si les Français ont la Tour Eiffel, c’est parce que Gustave Eiffel l’a construite lors de l’exposition de 1889. S’ils ont aujourd’hui la majestueuses obélisque de la Place de la Concorde à Paris, c’est parce que Charles X roi de France, avait pris soin de nouer des “amitiés” avec Mehmet Ali, vice-roi d’Egypte, qui la lui offrit en 1830, par l´intermédiaire de l´egyptologue Jean-Francois Champollion. Si les Égyptiens d’aujourd’hui eux-mêmes ont la grande pyramide de Gizeh près du Caire, c’est parce qu’il y a 3500 ans, le Pharaon Kheops l’a voulu ainsi. Et on pourrait poursuivre ainsi jusqu´à demain matin.

Alors pour ne pas être hors-sujet, nous devons à notre tour penser 100, 200 voire 1000 ans dans le futur, afin de cesser d’être décalés de l’évolution du reste du monde. C’est assez. Nous avons été trop longtemps spectateurs de l’Histoire, alors qu’au commencement de l’Histoire, c’est l’Afrique qui l’a écrite.

(Claude Wilfried Ekanga Ekanga, Frankfurt, le 20/01/2017)