Le marronnage est une forme universelle de résistance à l’esclavage

La fuite hors des espaces contrôlés par les maîtres, appelée marronnage. Les esclaves, soumis à une contrainte permanente dans les habitations, étaient partagés entre le grand atelier qui regroupaient les hommes et les femmes employés aux travaux les plus rudes (défrichage, terrassement, plantation) et le petit atelier où étaient rassemblés, pour les tâches plus légères, les femmes enceintes, les plus âgés et les enfants. Tous les détails de leur existence étaient régis par la « police des ateliers » qui autorisait aussi le maître à pratiquer le droit de correction pour punir les délits et manquements. Leur seule part de vie privée résidait dans l’usage qu’ils avaient de leur case, où les maîtres eux-mêmes reconnaissaient qu’ils ne devaient jamais pénétrer, ainsi que sur des lopins qui leurs étaient laissés pour assurer leur subsistance et dont ils pouvaient tirer aussi matière à un petit commerce.

Cimarrón

Cimarrón

Étymologie

Le terme de « marron » vient de l’espagnol cimarrón : « vivant sur les cimes » ; (cima = cime) qui apparaît dès la conquête d’Hispaniola ; c’est un mot emprunté aux Arawaks et qui désigne des animaux qui, de domestiques, retournent à l’état sauvage comme le cochon. À partir de 1540, ce terme désigne les esclaves fugitifs. Ce terme sera initialement appliqué aux Indiens fugitifs et finira par désigner peu à peu le sauvage, celui qui retourne vers l’état de nature. Se référant à ces fuyards on utilisait dans la littérature le terme: marron ou nègre marron, negmarron, voire cimarron

Lieux de fuite

Les Marrons se réfugiaient généralement dans des lieux inaccessibles. À la Réunion, par exemple, ils fuyaient notamment dans les Hauts de l’île, dont ils furent les premiers habitants. À Maurice, ils se cachaient dans une montagne du sud-ouest de l’île, le Morne Brabant.

Les Nègres Marrons qui se sont réfugiés loin dans les forêts (et montagnes) ont su sauvegarder et transmettre leurs modes de vie africains et même partiellement leurs langues d’origine.

Image Google

Image Google

Chasse et sanctions

Le développement du marronnage amena rapidement les maîtres à engager des chasseurs d’esclaves.Le marronnage était, selon le Code noir, puni par la mutilation puis par la mort à la troisième récidive. Dans la pratique, il était toléré lorsqu’il se limitait à de très courtes absences. En revanche, dès qu’il donnait lieu à la création de petites communautés isolées, il était l’objet d’une répression que seul le manque de moyens pouvait tempérer. Des carbets, abris de branches et de feuilles, inspirés des techniques amérindiennes, ainsi que des abattis, cultures sur brûlis adaptées à l’environnement forestier, représentaient le cadre de leur vie reconstituée, où une discipline rigoureuse était aussi l’une des conditions de la survie des bandes de marrons.

Aux Antilles, ceux qui étaient rattrapés étaient châtiés par mutilation : leur tendon d’Achille était sectionné afin qu’ils ne puissent plus courir.

À la Réunion, ils étaient parfois tués lors de la chasse. Le chasseur ramenait alors au maître une oreille et une main du fuyard en guise de preuve de la réussite de sa chasse, le corps entier ne pouvant être transporté par un homme seul le long de sentiers escarpés. Ces prises étaient parfois exhibées à l’entrée des plantations pour dissuader d’éventuels nouveaux fuyards.

Selon un épisode célèbre de l’histoire de l’île Maurice, un important groupe d’esclaves n’hésita pas à se précipiter dans le vide du haut d’un rocher élevé (le Morne Brabant dans le sud de l’île) lorsqu’ils se retrouvèrent acculés au bord d’une falaise par des hommes qu’ils prenaient pour des chasseurs. Ils n’étaient en fait que des messagers chargés de leur annoncer l’abolition de l’esclavage.

Communautés d’origine Marron

Après la fuite, ils parvenaient à se regrouper en de véritables communautés clandestines organisées, comme les sociétés fondées par les Alukus et les Djukas au Suriname. Au Brésil, ces communautés étaient appelées mocambo, pour les plus importantes, et en Amérique hispanophone, palenque.

Certaines d’entre elles ont été très importantes par leur population et/ou leur durée, au point qu’on parle parfois de républiques d’esclaves marrons, comme pour le quilombo de Palmares au Brésil, ou de royaumes, comme celui du “roi” Cimendef à la Réunion ; de nombreux sites naturels des trois cirques de l’île portent d’ailleurs toujours le nom de Marrons. Ainsi, Anchaing a laissé son nom à un sommet de Salazie.

Les communautés qui ont perduré se trouvent :

  • au Brésil, comme le quilombo de Palmares,
  • au Guyana,
  • au Suriname (les Djukas, Kwinti, Matawai, Paramaka et Saramaca),
  • en Guyane, les Noirs Marrons (ethnies Aluku (ou Boni), Saramaca, Paramaca et Djuka ( ou Aukan)) y sont appelés génériquement Bushinengue, parlent la langue aluku, ndjuka et paramaka (nenge tongo),
  • en Colombie, comme Palenque de San Basilio, parlant son propre créole hispanique: le palenquero,
  • au Honduras,
  • marginalement à la Jamaïque,
  • au Mexique à “San Lorenzo de los Negros”, devenue Yanga (Veracruz).

 Culture en évolution

Le graveur, peintre et poète anglais, William Blake qui fut un partisan convaincu de l’abolition de l’esclavage, est profondément marqué par les tensions politiques et sociales décrites par le capitaine Stedman, dans son récit de la guerre menée contre les esclaves marrons révoltés en Guyane hollandaise. Les célèbres illustrations qu’il a gravé pour ce livre donnent à voir cette réalité avec une modernité déroutante. Elles s’inscrivaient dans un cri de révolte contre toute forme d’aliénation.

La culture marron fait encore vivre une partie des traditions des ancêtres africains : vocabulaire, peintures, danses, musiques, vie communautaire bien qu’ayant évolué différemment. Couleurs vives et formes géométriques symboliques et/ou décoratives caractérisent l’art Noir-Marron appelé art Tembé. On les trouve sur les portes, les pirogues, les sièges sculptés, les fresques et certains objets vendus aux touristes (sculptures, sièges pliants… présentant des formes originales qui diffèrent des sculptures africaines traditionnelles). L’accès à l’école reste parfois difficile, mais est mieux réalisé que pour les populations amérindiennes de la forêt. Il modifie la perception et les comportements des jeunes, comme le football, la télévision, la voiture, le téléphone portable, le quad qui deviennent objets d’intérêt éloignant les enfants de la culture de leurs parents.

Meurtre d'esclave en fuite, Gravure John Gabriel Stedman

Meurtre d’esclave en fuite, Gravure John Gabriel Stedman

Gravure de William Blake représentant un esclave pendu par un crochet, probablement extrait d'un ouvrage de John Gabriel Stedman racontant une expédition de 5 ans (1772 à 1777) au Guyana contre les esclaves noirs révoltés du Suriname1. De telles gravures, en informant le public européen des traitements infligés aux révoltés, ont probablement renforcé les courants abolitionnistes

Gravure de William Blake représentant un esclave pendu par un crochet, probablement extrait d’un ouvrage de John Gabriel Stedman racontant une expédition de 5 ans (1772 à 1777) au Guyana contre les esclaves noirs révoltés du Suriname1. De telles gravures, en informant le public européen des traitements infligés aux révoltés, ont probablement renforcé les courants abolitionnistes

 

 

Avec: Wikipédia, histoire-image.org