Cameroun : Portrait-Hélène Missili, l’amazone du manioc

Plus de 400 personnes vivent directement de la coopérative que ‘‘Mama Douala’’ a mise sur pied à Oveng (région du Centre), grâce à la transformation du manioc.

Rencontrer celle qu’on appelle «Mama Douala» à Oveng (localité située à 40 km de Yaoundé) n’est pas une partie de plaisir. En début de mois de mars 2017, Hélène Missili a temporairement déserté le siège de sa coopérative pour aller préparer deux évènements majeurs: la journée internationale de la femme (8 mars) et de nouveaux champs semenciers de manioc.

Si Mama Douala est aujourd’hui sereine, c’est grâce au manioc, produit phare dans sa localité, et surtout à son sens de l’innovation. Depuis 1999, elle s’est lancée dans la transformation de ce tubercule avec l’Association des femmes rurales de Nkol Abong (ASOFERNA) constituée de plusieurs Groupes d’initiative commune (GIC).

« En octobre 1999, notre association a été invitée par la Première dame du Cameroun à prendre part à la célébration de la journée de la femme rurale à Monatélé. Sur les lieux, nous nous sommes rendu compte que les femmes sont constituées en GIC et vendent de nombreux produits agricoles. Impressionnées par cette façon de fonctionner, à notre retour, nous avons mis sur pied 17 GIC.» Se souvient-elle.

Afin de faire fonctionner tous ces groupes, Hélène Missili a multiplié ses recherches dans la transformation du manioc. Elle reconnaît avoir bénéficié des formations de l’Institut de recherche agricole pour le développement (IRAD) sur la multiplication des boutures de manioc et la fabrication du tapioca. Ces formations marquent le point départ de sa passion. En autodidacte, Mama Douala a poursuivi ses recherches. Et aujourd’hui, elle transforme le manioc en une dizaine de produits dérivés: farine, cosettes, tapioca, biscuits, chips, bâtons de manioc, alcool, teinture entres autres. Elle a par la suite formé les membres de sa coopérative qui produisent et commercialisent de même.

PCA d’une grande coopérative
Depuis 2013, la Société coopérative manioc et autres tubercules agricoles (SOCOOPMATA) a vu le jour. Elle rassemble un total de 446 membres (253 femmes, 138 hommes et 55 jeunes). Elle a des représentations dans trois régions du Cameroun: Centre, Sud et Est. Hélène Missili a été tout naturellement élue présidente du conseil d’administration.

Ladite coopérative, qui se réclame une superficie de 350 hectares de manioc, dispose de champs semenciers et de plusieurs champs communautaires. Au quotidien, les membres se regroupent à son siège à Oveng pour étudier les commandes des clients afin de les satisfaire. Ils disent ne produire d’ailleurs que sur commande.

Selon Mme Missili, la SOCOOPMATA fournit en moyenne de 2500 bâtons de manioc par mois à 75 Fcfa l’un, 200 kg de farine, 350 kg de tapioca et des dizaines de litres de whisky de manioc. Les jeunes qui sont membres de la coopérative sont en même temps employés de la coopérative. Ils reçoivent une rémunération à chaque production.
A l’issue des ventes, précise la présidente du conseil d’administration, l’argent est partagé entre les membres et 2% va dans le fonctionnement de la coopérative.

Hèlène Missili envisage d’augmenter la superficie globale de champs communautaires à 700 ha. Les travaux de d’abattage ont d’ailleurs été lancés.

Pas de route
Malgré ses initives de développement, Mama Douala affirme ne pas bénéficier du soutien des élites locales. «Nous souffrons pour faire sortir nos produits du champ. Pourtant, nous avons été informés de l’aménagement imminent de la voie qui mène ici à Nkol Bibanda en passant par Oveng. J’en étais très fière, mais un jour, on m’a appelée de Yaoundé pour de dire que le projet de la route a été détourné par un ministre qui a préféré l’orienter dans son village. Depuis là, plus rien. Nous produisons et transportons grâce à nos propres moyens. Est-ce que nous avons un ministre chez pour nous défendre?» Lance la quinquagénaire, mère de 12 enfants scolarisés grâce au manioc.

« Peut-être qu’un jour, le gouvernement et les partenaires au développement accepteront de nous appuyer. Même si c’est après ma mort, cela sera toujours bien pour notre localité.» Conclut-elle.

Par Alain Georges Lietbouo
Correspondance particulière