Les tissus africains et afro-américains sont des langages dont le déchiffrage est spécifique à chaque communauté

L’Afrique ce sont les ruelles colorées. les foules vêtues de tenues aux couleurs toutes plus vives les unes que les autres. Les couleurs, le mouvement des vêtements et les nombreux étals des couturiers lui sont emblématiques.

Dans les cultures africaines, les tissus saisissent différents registres de la vie culturelle, économique et même politique des communautés et des peuples qu’ils représentent. Les usages sociaux des tissus en Afrique apparaissent de manière plus visible dans les rites institutionnels que sont les mariages ou les enterrements. Le tissu dit aussi le passage d’un statut à un autre lors, notamment, de rites de passage. Il matérialise cette transition entre l’état perdu et celui nouvellement acquis. Il devient un signe reconnu par l’ensemble de ses membres comme la trace de l’évolution du jeune homme ou de la jeune fille. Cette fonction de signe de reconnaissance et de marqueur d’un temps de l’histoire individuelle et collective est un langage qui fait sens au quotidien.

Kente

Si nous prenons exemple du  kente  un tissu ghanéen, porté dans des cérémonies, des réunions de village et des rencontres communautaires, ou avec des populations voisines. Il est un vêtement d’apparat. Il se porte drapé autour du corps, un pan posé sur l’épaule. Ses couleurs et sa matière disent la hiérarchie sociétale. La richesse des étoffes (parfois agrémentées de perles), le choix des fils (soie, coton, or), l’agencement des couleurs et la complexité des motifs disent aussi la fonction sociale de chaque individu (roi, seigneur, ou citoyen ordinaire). Il est utilisé par les dignitaires akans et particulièrement par leur roi, l’Asantehene, lors des rites d’initiation à la religion akan, lors des couronnements et des mariages. Autrefois, les kente adwinasa leur étaient, par exemple, réservés. Aujourd’hui, le kente conserve cette fonction même s’il est aussi vendu comme un tissu ordinaire dans toute l’Afrique, comme le wax ou le bazin.

Ce rôle de communication est inconnu aux nombreux touristes afro-américains, qui viennent en Afrique chercher, un morceau de leur histoire. Pour beaucoup d’entre eux, les tissus africains sont un symbole de leurs racines africaines. 

Dans la culture afro-américaine le tissu garde la meme connotation Le textile afro-américaine participait aussi à la communication entre les individus .

Le patchwork (quilt)

:Pendant l’esclavage, les femmes avaient le droit de coudre (les sewing slaves) et cousaient des quilts classiques pour la plantation, conçus d’après des modèles, et avec les chutes, elles faisaient pour elles-mêmes des quilts libres et spontanés, d’inspiration jazzy, réinventant ainsi l’art du patchwork selon leurs moyens.

Dans les plantations, les esclaves réutilisaient des morceaux de tissu pour se confectionner des couvertures à défaut d’en obtenir de leurs maîtres. Peu à peu, ils en ont personnalisé les motifs. Chaque patchwork symbolisait l’histoire de son créateur et ses rêves de liberté. Le patchwork avait aussi une autre fonction: durant l’esclavage, ce tissu composé servait aussi de carte pour les esclaves en fuite, pour certains engagés dans l’Underground Railroad.

Le patchwork est depuis resté un symbole de la culture des esclaves, transmise de génération en génération. Cette construction textile, marquée par son caractère composite, place au centre du regard le processus d’assemblage morceau par morceau menant à une image complète.

 

 

 

 

Comme les tissus africains, le patchwork est un langage dont le déchiffrage est spécifique à une communauté et dont la rhétorique rend compte de son expérience particulière, entre l’Amérique et l’Afrique. Il rappelle l’histoire africaine des premiers Africains-Américains.