Cameroun : Le divorce n’existe pas chez les Bamiléké

Cameroun : Le divorce n’existe pas chez les Bamiléké
Le divorce n’existe pas chez les Bamiléké mais il faut bien gérer les cas de séparation, de fuite, d’abandon de foyer par l’homme comme par la femme.

Le divorce est inconnu et inimaginable dans la tradition Bamiléké pour la simple raison que le lien du mariage est indissoluble. Le divorce se dit en ghomala « Nëe khù m’tsche » c’est-à-dire le fait de « fuir le sang », sous entendu, le sang du mari.

D’entrée de jeu, il convient de lever la nuance entre la “fuite” du foyer et le divorce. Car il ya même les ” bonnes fuites”, par exemple quand la femme se réfugie dans la famille du mari. Mais dans les autres cas, il s’agit des “mauvaises fuites” et donc susceptible de mener à une séparation longue des époux.

Il est donc admis des possibilités de séparation occasionnelles suite à des problèmes de ménage qui s’arrangent de la même façon en pays bamiléké. Dans chaque cas, il existe des personnes issues de la famille ou des amis qui jouent un rôle crucial de médiation en cas de conflit. Le tuteur ou la nourrice joue souvent le rôle de conseiller et d’arbitre en cas de conflit.
La pratique de l’hébergement temporaire de la “femme qui se réfugie” chez les parents du mari est sans doute la méthode la plus courante pour dissiper les malentendus en offrant aux protagonistes une séparation temporaire au cours de laquelle la femme reçoit des conseils de même que l’homme qui, suivant les circonstances, peut être l’instigateur d’une mission de conciliation menée par des amis et parents auprès de son épouse.

Les cas de répudiation

La répudiation d’une femme par le mari seul est impossible. Il faut pour cela que le conseil des deux familles examine et confirme les causes de la répudiation. Les deux familles réunies en conseil explorent d’abord toutes les solutions possibles et imaginables. Si en définitive, c’est la répudiation qui prévaut, la belle famille, par délicatesse, se propose à rembourser intégralement la dot. De son côté, la famille du mari, toujours par délicatesse renonce à la restitution de la dot en disant : « Nous tenons à ce que nous restons toujours ce que nous avons été jusqu’ici. La paix et la coopération entre nos deux familles, l’amitié qui nous lie depuis fort longtemps ne doivent pas souffrir d’aucune fissure même si votre fille nous quitte. Nous lui souhaitons bonheur et prospérité dans sa nouvelle vie. L’incompatibilité des caractères et d’humeur ne signifie pas haine ouverte entre nous ».

Reprendre la dot, surtout après un mariage consommé est abominable aux yeux du Bamiléké, c’est le signe d’une impolitesse dégradante et d’une éducation bien manquée.

Les conséquences de la longue séparation.

La séparation entre époux ne rompt pas nécessairement le lien entre les concernés ainsi que leurs familles respectives. Il existe donc des dispositions et rites appliqués même lorsque les époux ne cohabitent plus.

– Le remboursement de la dot par le nouveau mari ou éventuellement la famille de celle qui a fui. Dans tout le Pays Bamiléké, la dot ne se rembourse pas, sauf à Bamendou et dans certains villages de la Ménoua et des Bamboutos. Mais lorsque les fiançailles n’aboutissent pas au mariage, la famille de la fiancée peut rembourser les choses déjà reçues ;

– Les séparés ont des devoirs réciproques vis-à-vis des enfants;

– Les enfants nés la séparation ne sont pas reconnus par celui qui a doté et constituent une preuve de l’effectivité de la séparation (Menoua, Bamboutos).

– Le coupable de « vol de la femme d’autrui » peut subir plusieurs formes de vengeance : foudre, agression physique, etc.

– Le lieu de l’enterrement de la femme séparée engendre souvent des disputes entre le mari et les différents “voleurs”

Ladji Toukam