LES MONUMENTS DOIVENT PORTER LES NOMS DES HÉROS AFRICAINS

Nous avons essayé de parcourir la documentation de quelques villes occidentales pour comprendre le comment et pourquoi le choix d’un nom pour une place ou une rue…, La réponse est pratiquement partout la même. Le choix peut revêtir un caractère historique ou politique,  une décision qui appartient au conseil municipal.  Sous la tutelle  du conseil municipal, tout se décide. Un pouvoir susceptible d’être contesté par le biais d’une pétition de la population de ladite commune. Les citoyens peuvent avoir leur mot à dire dans le choix du nom d’une rue: il suffit de transmettre une demande écrite ou orale au maire, qui décidera alors des suites à donner.

Si la pétition est la voie approprié voire moins chère, pourquoi nous africains, n’en n’usons pas pour changer les choses chez nous? 

Nous sommes un peuple marqué par l’esclavagisme, la colonisation et aujourd’hui le néocolonialisme en quête de son histoire, de son identité. De ce fait, notre amour propre devrait à lui seul suffire pour dire NON aux statuettes de colons, aux noms de rue et places « occidentalisées »  Il est temps que notre histoire, soit racontée par notre propre voix, par nos mots et par ton propre à nous! 

Avenue Kennedy, Avenue Georges Pompidou, Lycée Leclerc, Général de Gaulle, rues Fleurus, Jules Ferry, Mangin, Grasland… de Yaoundé passant par Abidjan ou Dakar pour ne citer que celles ci, nous vivons encoure la colonisation pour ne dire l’esclavage…,  avec les monuments, les édifices, les avenues, allées et rues qui portent les noms de «nos anciens maîtres», qui nous rappelle que cinquante ans n’est pas si loin, que la France ne veut pas lâcher prise et que nous nous y complaisons. Ce rappel constant de la France,  la mère patrie; ce rappel que les ancêtres les Gaulois sont comme le disait De Gaule.

Ce massacre psychologique que nous entretenons comme nos muses, et auquel veille constamment les ambassades occidentales pour ne pas dire françaises via les centres culturels, les alliances françaises…en ce qui concerne l’Afrique francophone n’est pas toujours un fleuve tranquille. Des prises de consciences se font noter ça et là sur le continent; des contestations et revendications se font remarquer, nous avons pour preuve le très 

Andre Blaise Essama ce prisonnier constant du Cameroun qui pourtant, ne fait que ce qui se fait librement par les étudiants sud-africains

 
Une statue de Cecil Rhodes, figure de l’Empire britannique en Afrique australe au XIXe siècle, a été démontée jeudi 9 avril 2015 dans le parc de l’université du Cap (UCT), après un mois d’une vigoureuse campagne étudiante qui dénonçait un symbole de l’oppression blanche. Les étudiants demandaient que cette statue érigée en signe de gratitude pour le terrain donné à l’université par l’homme politique et magnat des mines Cecil Rhodes soit enlevée. Ces terres avaient été volées aux premiers habitants noirs d’Afrique du Sud, soulignaient-ils. Ils avaient maculé d’excréments puis recouvert de sacs-poubelle en plastique noir l’imposante statue de bronze, qui représentait l’ancien premier ministre de la colonie britannique du Cap assis dans un confortable fauteuil. La demande avait été accueillie. 
En Afrique francophone, ces statues de la honte sont considérées comme des ” biens publics” et doivent être protégées au dépens des vies des citoyens. Il faut l’avouer, nous avons beaucoup a apprendre des autres peuples d’Afrique anglophone. Leur pragmatisme, leur sens de dignité ainsi que leur quête de respectabilité nous émerveillent  Fort heureusement… dans cette Afrique francophone somnolente et laxiste, il existe à Douala au Cameroun un intrépide  Andre Blaise Essama.
 
Andre Blaise Essama ne passe pas par 4 chemins: des méthodes des plus controversées au plus inconstitutionnelles , il exige que les monuments les rues et place camerounais portent les noms des héros camerounais. Son combat va au-delà de la revendication culturelle, elle est le signe d’une conscience historique, le symbole de la fierté nationale et surtout la preuve concrète de la guérison face à plus de 400 ans d’esclavage, de colonialisme et un refus catégorique au néocolonialisme.
 

L’activisme de André-Blaise Essama paie: il obtient la pose d’un monument pour le héros national Um Nyobe

Le déblocage d’une somme pour aménager une place pour le héros national Um Nyobe et la réception de l’une de ses veuves par le président de la République le 20 mai 2017, donnent raison au combat mené par un anticonformiste.

Le document de synthèse des investissements validés par le Ministère des Marchés publics dans la région du Littoral pour l’exercice 2017 révèle à la page 22 poste 209 que le projet «d’Aménagement de l’esplanade devant recevoir le monument de Ruben Um Nyobe à l’avenue Um Nyobe (Ndlr Carrefour njo-njo» d’un montant de 15 millions Fcfa est en cours d’exécution. Le maitre d’ouvrage est la Communauté urbaine de Douala (CUD). Lancé le 28 février 2017, il a été attribué le 21 avril et la date de la signature du marché était prévue pour le 10 mai 2017. Le démarrage des travaux est prévu pour le 07 juin et la réception des travaux pour le 06 octobre 2017. Le monument de l’un des martyrs nationalistes élevés en 1994 par le président de la République Paul Biya au rang de «héros national» est déjà disponible. Il mesure 2,10 mètres, fait en bronze et laiton, pour un poids de 170 kilogrammes. Cette statue de Ruben Um Nyobè, le héros de la lutte pour l’indépendance du Cameroun a été fabriqué à l’aide d’une photo en noir et blanc. C’est l’œuvre du sculpteur Nsangou Amidou. Il a décidé de l’offrir en quasi-donation, en guise de réponse au combat que mène l’activiste André Blaise Essama pour l’élévation des monuments des héros nationaux en lieu et place des bourreaux coloniaux.

Ce combat va valoir à l’activiste anticonformiste André Blaise Essama deux condamnations à des peines d’emprisonnement ferme, respectivement de 3 mois en 2015 et au paiement d’une amende de 150 000 Fcfa ; et 6 mois en 2016 décidés par le Tribunal de première instance (Tpi) Douala-Bonanjo. Son délit : « destruction de biens publics ». Le Délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine de Douala (CUD)  accusent le concerné d’avoir détruit le monument dédié au Général Leclec. Le vendredi 30 septembre 2016, lorsqu’il sort de sa deuxième détention à la prison centrale de Douala, pour destruction de la statue du Général Leclerc. Il va afficher sa détermination à aller jusqu’au bout de son combat. «Je vais me donner quelques jours pour récupérer de cette épreuve où on se sort sans laisser des séquelles, après quoi je vais me rendre à la Communauté Urbaine de Douala pour demander l’insertion du monument de Ruben Um Nyobe dans la ville de Douala», déclarait A. B. Essama. En effet, l’activiste revendique la reconnaissance des grandes figures de l’histoire du Cameroun. Il dit prendre le chemin du combattant de Mboua Massok après avoir avec inquiétude constaté que les mairies n’accordent aucune place à la mémoire collective, singulièrement pour les Camerounais tués dans la bravoure en plein défense…

Il milite sans cesse pour la pose dans les grandes métropoles du Cameroun des monuments des héros nationaux, à l’instar de Ruben Um Nyobè. Parce qu’il souligne qu’aucune reconnaissance n’est faite pour magnifier leur courage. Paradoxalement les soldats et administrateurs coloniaux qui ne justifient pas leur statut, occupé de manière ostentatoire les place publiques pourtant ce sont des négrophobe ayant opéré des génocides pendant la période coloniale. C’est ainsi qu’il va, entre 2015 et 2016, à plusieurs reprises soit décapiter la stature du Général Leclerc, soit faire tomber de son piédestal le monument de la place du gouvernement que l’on nomme : «La statue du soldat inconnu». Des actes de « patriotisme » qu’il justifie : «Le Cameroun est dans un système de gouvernance où on honore nos bourreaux et on déshonore nos héros. Il faut que cela cesse. Je préfère comme tout Camerounais voir érigé en ces lieux ou la statue de nos héros nationalistes ; soit de nos soldats, sous-officiers, officiers et officiers supérieurs) tombés sur le champ d’honneur, singulièrement en ligne de front dans la lutte contre la groupe terroriste Boko Haram dans la région de l’Extrême-Nord…pour ne citer que ce cas».

C’est ainsi qu’il va exploiter les dispositions des textes communaux pour adresser une demande à la CUD pour qu’elle indique tout simplement la place où devrait être placé le monument de Ruben Um Nyobe. Un choix qu’il explique : «A chaque peuple ses héros, et chaque nation ses fierté. Il était temps d’améliorer la politique mémorielle». Avant d’ajouter ; «Il fallait commencer par le père de l’indépendance». Et de conclure : «C’est après avoir rencontré les veuves Um Nyobe nées Ngo Mayag Marthe et  Ngo Ndjock Marie abandonné s dans le dénuement que j’ai compris qu’il fallait me battre même aux prix de ma vie». En recevant Mme veuve Um Nyobe Marie lors de la célébration du 45è édition de la fête nationale de l’unité du 20 mai 2017, le président de la République apporte aussi des bribes de réponse à mon combat.

 

Avec Mathieu Nathanaël NJOG