La délimitation du Cameroun et du Congo

La France et l’Allemagne viennent de signer relativement à la délimitation de leurs possessions respectives dans le Centre africain un accord que les Chambres françaises vont être appelées à ratifier. Cet accord met fin à une situation épineuse et délicate qui, surtout dans ces dernières années, menaçait de devenir une source de complications d’ordres divers. L’Allemagne a obtenu le prolongement de la colonie du Cameroun juqu’aux rives du Chari, la France le prolongement de la frontière occidentale du Congo français jusqu’au lac Tchad. La part que s’est réservée l’Allemagne, si elle n’a pas répondu complètement à ses espérances ambitieuses, peut être jugée satisfaisante, et ses explorateurs pourront la considérer comme une digne récompense de leurs fatigues et de leurs labeurs.

L’œuvre commencée il y a dix ans à peine par la prise de possession de quelques localités insignifiantes sur le littoral se termine aujourd’hui aux rives du Chari. Tandis que le nouveau domaine de l’Allemagne nettement délimité de tous côtés est désormais à l’abri de toutes contestations, les immenses territoires reconnus à la France par l’accord du 4 février 1894 peuvent lui être disputés, dans une certaine mesure, par des concurrens.

Sur le haut Oubangui et sur le haut Chari nous restons en présence des Anglais et des Belges, qui entendent réclamer leur grosse part. Néanmoins un grand pas a été fait dans la voie du partage politique définitif de l’Afrique, par l’arrangement franco-allemand, et le temps n’est certainement pas éloigné où l’on verra les nations européennes dépenser leur activité dans le champ qu’elles se seront d’un commun accord assigné, sans pour cela être les unes pour les autres une source de difficultés et de gêne. L’enchevêtrement de causes et de circonstances qui auront amené l’Europe à se partager le Centre africain sera alors une histoire intéressante à connaître, et la formation territoriale du Cameroun, qui peut dès maintenant être racontée, sera un des chapitres les plus importans de ce récit. On y admirera la clairvoyance avec laquelle a été choisi sur le littoral l’emplacement de la future colonie du Cameroun, la décision et l’énergie qui ont présidé à sa fondation, l’esprit de suite et de méthode qui ont contribué à son accroissement. L’histoire du Congo français, intimement liée à celle du Cameroun, fera ressortir de son côté la grandeur et la ténacité des efforts que nous avons déployés pour contrecarrer les entreprises tentées d’autre part. Dans la lutte de vitesse au cœur du continent africain qui eut lieu entre les explorateurs allemands et les explorateurs français, ceux-ci l’ont emporté, et leur victoire, qui est aussi celle de tous ceux qui ont organisé et soutenu leurs missions, a eu comme conséquence l’abandon par l’Allemagne à la France du Soudan oriental et la possibilité pour cette dernière de constituer des rives du Congo au bord de la Méditerranée un immense empire africain.

A suivre

Source: https://fr.wikisource.org/wiki/Revue_des_Deux_Mondes