La course aux étoiles IL N’Y A PAS DE DÉMON DE L’ÉCHEC – Par Claude Wilfried

Les Africains doivent arrêter de penser qu’il y a un démon de l’échec; qu’il y a un esprit diabolico-méchant qui nous empêche de réussir et de progresser. Ça n’existe pas. Le remède le plus efficace face à l’échec demeure le travail. Ou plus exactement, la PERSÉVÉRANCE dans le travail.
En Afrique, quand votre vie bat de l’aile, un pasteurimprovisé vient vous dire que cest à cause du démon de l’échec. Il vous fait savoir qu’il y a un monstre maléfique qui bloque vos canaux de succès et qui empêche l’argent de tomber du ciel pour atterrir dans vos poches. Chez une femme qui n’enfante pas, il ne cherchera pas à savoir si elle a une anomalie héréditaire ou si elle a subi un traumatisme dans sa jeunesse (Viol ou abus divers). Non, pour lui, la solution est toute trouvée: c’est le démon de la stérilité qui t’empêche d’être mère.Le plus souvent, ce démon n’est jamais bien loin. Il se matérialise par l’entourage (Le vieux grand-père du village par exemple) qui, paraît-il, a “attaché” ton destin de manière à ce que rien dans ta vie n’avance.
Cela découle d’un fait archi simple: les Noirs/Africains ont oublié que la réussite se cache derrière des sacrifices colossaux, et que surtout, même dans les pays industrialisés d’aujourd’hui, la réussite fut obtenue au prix de rivalités, d’échecs et de fiascos cuisants. En témoigne l’exemple du défi technologique au début de la conquête spatiale après 1945. Voyons plutôt.

LA GUERRE DES ÉTOILES

Le 12 avril 1961 à 6h 07 GMT, un garçon de 27 ans répondant au nom de Yuri Guagarine devient le tout premier homme à quitter la Terre. Les Soviétiques parviennent ainsi à envoyer un homme dans l’espace avant les Etats-Unis. Dans un contexte de guerre froide où les deux superpuissances ne se font aucun cadeau sur les ambitions scientifiques, l’Amérique se retrouve piquée au vif. Non seulement les Soviétiques les ont humiliés quelques années plus tôt en étant les premiers à envoyer un satellite en orbite (Sputnik 1, le 4 octobre 57), mais en plus, maintenant, ils réussissent même des missions habitées!
Yuri Gagarine fera le tour complet de la Terre en 1h 48 minutes. A 250 kilomètres au-dessus de nos têtes, il sera le premier être humain à admirer à l’œil nu, toute l’étendue de notre planète, bleue, ronde, et époustouflante, habillée de sa fine couche d’atmosphère, ce limbe précieux qui nous permet de respirer et de vivre.

Le Président Kennedy (Du 20 janvier 61 au 22 novembre 63) ne s’est pas dit à ce moment là que le démon de l’échec avait condamné les Etats-Unis à être d’éternels deuxièmes, et qu’il fallait apporter 7 chèvres et 9 bœufs à Malam pour le chasser. Ils se sont plutôt mis au travail. C’est ainsi que, à peine deux semaines suivant le vol en orbite de Gagarine, le cosmonaute Alan Shepard atteindra l’orbite terrestre basse en tant que premier Américain (5 mai 1961), pour le compte du “Programme Mercury”, lancé peu après la création de la NASA (National Aeronotic and Space Administration) le 28 juillet 1958 par le Président Dwight Eisenhower (1953-1961)

A sa prise de fonction en 1961, Kennedy s’empressera de lancer le “Programme Apollo” (25 mai), avec pour folle ambition d’envoyer un homme sur la Lune. Cela permettrait de damer définitivement le pion aux Soviétiques. Il précisera d’ailleurs être parfaitement conscient de la difficulté de cette tâche, que seul le travail permettra de surmonter. Voici l’extrait le plus important de son discours, prononcé le 12 septembre 1962 à l’université Rice de Houston au Texas:

“We choose to go to the Moon. We choose to go to the Moon in this decade and do the other things, not because they are easy, but because they are hard,”

Le début des années 60 commence en effet comme se sont terminées les années 50. Les Américains courent après les Soviétiques. Ce n’est qu’en février 1962 que les Etats-Unis parviennent à faire faire à un de leurs citoyens le tour de la terre à bord d’un vaisseau. En effet, pendant que Yuri Gagarins était resté près de 2 heures dans l’espace, Alan Shepard n’y passa que … 15 minutes ! Il taudra donc attendre le 20 février 62 pour que John Glenn puisse effectuer trois révolutions autour de notre astre.

Qui plus est, les Etats-Unis sortent d’une humiliation planétaire après leur défaite à Cuba suite au débarquement raté de la Baie des Cochons (17 avril 1961), où ils tentaient de renverser Fidel Castro et son bras droit, Ernesto Guevara, alias “El Che”.
Et la malédiction ne semble pas vouloir s’arrêter. Le 16 juin 1963, l’URSS devient le premier pays à envoyer dans l’espace… une femme: Valentina Terechkova, qui retournera sur Terre trois jours plus tard, le 19 juin. Une fierté qu’ils garderont pendant les 20 ans qui suivront, avant de voir l’Américaine Sally Ride goûter à ce privilège.

Mais l’abnégation américaine finira par payer. Après avoir fait un tour lunaire en 1968 à bord de la mission Apollo 8, ils furent les premiers à découvrir enfin sa face cachée. (Il faut savoir que la Lune tourne autour de la Terre à la même vitesse qu’elle tourne sur elle-même. La conséquence est que depuis la Terre, nous ne voyons toujours que la même face). Le couronnement viendra le 21 juillet 1969, lorsque, en la personne de Neil Armstrong, l’homme posera enfin le pied sur la Lune, nonobstant les ridicules théories de complot récentes. “Un petit pas pour l’Homme, mais un pas de géant pour l’Humanité.”

Ainsi va la vie. A un échec, à une défaite correspond un sursaut d’orgueil qui permet de se relever et de grandir. Si déjà, en 1958 les USA ont pu à leur tour lancer le satellite nommé “Explorer 1” en orbite, c’est parce qu’ Eisenhower a consenti à investir massivement dans la recherche afin de laver l’affront de l’URSS qui, après Sputnik 1, s’était même permis le luxe de lancer un deuxième engin, Sputnik 2, le 3 novembre 1957..
Il s’agit simplement de comprendre que les échecs font partie du processus d’apprentissage et que toute défaite n’est que temporaire tant qu’on est vivant. Ailleurs les gens cherchent à se surpasser et à réaliser des choses perçues depuis toujours comme impossibles.

SANS PRÉCÉDENT

Hier, 8 mars 2017, je suis allé regarder le film “Les figures de l’ombre”, qui retrace le parcours historique de trois jeunes scientifiques afro-américaines surdouées, mais prises en tenaille dans la société ségrégationniste des années 60. Désireuses de se faire une place au sein du programme de la NASA, elles devront faire face aux pires sévisses discriminatoires qu’offre le racisme.
Un personnage en particulier a crevé l’écran: Katherine Johnson. Soucieuse d’approfondir ses recherches à l’université de Virginie-Occidentale afin d’être promue aux cercles restreints des chercheurs de l’agence spatiale, elle va avec maestria, convaincre les autorités de la nécessité de l’y integrer. Dans cette structure qui n’accepte pas de Noirs, et encore moins de femmes Noires, elle mettra en avant l’argument selon lequel la conquête spatiale (Et le monde en général) n’a pu évoluer que parce des gens ont eu l’idée de faire des choses “sans précédent”. Des choses que personne n’avait faites avant eux. Et intégrer une Noirs dans l’institution est en ce sens un acte qui entrera aussi dans l’Histoire, comme étant sans précédent.

Katherine Johnson, née en 1918 et encore vivante aujourd’hui (98 ans), est devenue l’une des plaques tournantes du fameux programme Mercury. Très efficace dans le calcul des trajectoires des engins a lancer, elle sera la référence de John Glenn pour son voyage de 1962, de même que sur la mission Apollo 11 de Neil Armstrong lors de l’alunissage de 1969.. (On peut donc comprendre la portée du titre du long-métrage “Les figures de l’ombre”, car mettant en scène des personnages clés mais étonnamment peu mentionnés dans le circuit).

EPILOGUE – LA PLACE DE L’AFRIQUE

On peut conclure en disant que ces exemples devraient nous parler. Mais face au peuple africain, Il n’est jamais facile de s’appuyer sur l’excellence des autres sans recevoir des réponses du type: “Nous, on n’en est pas encore là”. En Afrique, l’on aime copier l’insolite des autres, mais ériger une barrière mentale lorsqu’il faut faire pareil sur les leçons de progrès.
D’où la nécessité de s’appuyer sur des cobayes partis approximativement sur la même ligne de départ. A titre d’illustration, la Corée du Sud, qui, dans le cadre de la coopération russo-coréenne, a envoyé en 2008, Mme Yi So Yeon comme première femme coréenne dans l’espace, avait pourtant en 1960, un PIB (Produit Intérieur Brut) par habitant inférieur au Ghana. (155 USD contre 182 selon la Banque Mondiale) et quasiment égal au Cameroun (115). A bord de la mission Soyouz TMA-12, Yi So Yeon fit ainsi partie de la 17 ème expédition en orbite vers la Station Spatiale Internationale (ISS), placée en orbite basse, à environ 400 km au-dessus de nous.

Ce petit rappel historique nous amène à comprendre que les seuls véritable démon de l’échec ce sont la paresse et le découragement. Si vous n’avez pas rencontré du succès à la suite d’un projet d’envergure, ne pensez pas que le vieux du village vous a maudit depuis sa cabane délabrée. La plupart du temps, le pauvre ne savait même pas que vous aviez un projet. Ce qu’il faut retenir c’est que peu importe la société que vous analysez, peu importe les individus que vous étudiez, vous constaterez sur 90 % des cas que
Leur essor n’est que le chapitre final d’une succession de désillusions.
C’est une leçon fondamentale qu’ont assimilée parfaitement des nations comme la Corée ou la Chine qui, jadis, n’étaient pas forcément mieux loties que nous aujourd’hui. En 2017, la Chine est, avec la Russie et les USA, l’un des trois pays au monde à pouvoir envoyer de manière indépendante un homme dans le cosmos. Car le démon de notre échec, c’est nous-mêmes en définitive.

Par: Ekanga Ekanga Claude Wilfried

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