Un pays qui n’a jamais été colonisé: La longue conquête vaine italienne de l’ETHIOPIE

Le 1er mars 1896, dans une plaine près du village d’Adoua (Ethiopie) les soldats italiens du général Baratieri étaient décimés par les troupes du roi éthiopien Ménélik II.  Ils essuyaient  une défaite aussi sanglante qu’humiliante qui signait l’échec des tentatives de l’Italie de se tailler un empire colonial en Afrique; près de 6000 morts, 1 500 sont blessés et 1 800 faits prisonniers.

Ethiopie, terre de la reine de Saba

Ménélik II se flatte d’appartenir à une dynastie royale dite salomonide, ainsi appelée parce qu’elle remonterait à l’enfant né des amours du roi Salomon et de la légendaire reine de Saba. Pour cette raison figure dans ses armoiries un lion dit « de Juda ».

Notons que la Bible évoque la reine de Saba sans que l’on sache encore où se situait son royaume (peut-être au Yémen ou dans l’actuelle Somalie) :

• La reine de Saba apprit la renommée que possédait Salomon et elle vint pour l’éprouver par des énigmes. Elle arriva à Jérusalem avec une suite nombreuse, des chameaux portant des aromates, de l’or et des pierres précieuses. Elle se rendit auprès de Salomon qui répondit à toutes ses questions et l’impressionna fortement par sa sagesse. • Salomon lui proposa de devenir sa femme, mais elle refusa, car il en avait déjà plusieurs. Il lui promit alors de ne rien lui demander, si elle acceptait de ne rien prendre dans son palais. Dans le cas contraire, il aurait le droit de lui demander quelque chose, qu’elle ne pourrait refuser. Elle accepta. Un soir, après avoir assisté à un banquet où la nourriture était épicée, elle eut très soif. Dans le palais courait un ruisseau qui avait été détourné exprès et lui permit de se désaltérer. Mais Saba découvrit que Salomon l’observait. Il lui rappela sa promesse, et lui demanda de partager sa couche… • Après être restée six mois, Saba désira rentrer dans son pays. Au moment du départ, Salomon donna un anneau à la reine et lui dit : « Prends-le afin de ne pas m’oublier et si jamais j’ai une descendance de ton sein que ceci en soit le signe. Si c’est un garçon laisse-le venir à moi. » Ménélik 1 er , fils de Salomon et Saba • A son retour, Saba mit au monde un fils et l’appela Ménélik (Baïna Lehkem). Quand il eut 22 ans, Ménélik dit à la Reine : “J’irai, je verrai le visage de mon père et je reviendrai ici par la volonté du Dieu d’Israël”. • Ménélik se rendit à Jérusalem pour se fait reconnaître de son père. Il fut le premier roi d’Ethiopie et a fondé la dynastie des Salomonides. Une fois à Jérusalem, il aurait dérobé l’Arche de l’Alliance pour la ramener en Ethiopie.

• Les Falashas seraient selon certaines sources, les descendants des prêtres lévites ayant accompagné Ménélik lors du transport de l’Arche.

L'empereur d'Ethiopie Menelik II (17 août 1844 - 12 décembre 1913, Addis-Abeba)

 

Victoire inattendue

Sous l’impulsion de Francesco Crispi, Premier ministre de juillet 1887 à février 1891 puis de novembre 1893 à mars 1896, passionné par l’aventure coloniale, l’Italie décide d’instaurer son protectorat sur ce pays qu’elle croit à sa portée.

Le 2 mai 1889, l’empereur éthiopien signe à Wuchalé (Ucciali pour les Italiens) un traité d’amitié avec l’Italie. La version amharique (la langue officielle de l’Éthiopie) indique que Ménélik peut, s’il le souhaite, solliciter les services de l’Italie en matière diplomatique. La version italienne lui en fait obligation ! Lorsqu’il se rend compte de l’entourloupe, Ménélik II se rebelle.

Oreste Baratieri (13 novembre 1841, Condino ; 7 août 1901, Sterzing-Vipiteno)Les Italiens ne voient plus d’autre solution que la conquête militaire. Celle-ci est menée par le gouverneur d’Érythrée, le général Oreste Baratieri, qui s’engage dans les hauts plateaux du Tigré, au coeur de l’empire.

Le négus bat le rappel de ses fidèles de tous les coins de l’empire. Cent mille guerriers sont bientôt rassemblés près de la grande ville d’Adoua. À 25 kilomètres de là stationne le corps expéditionnaire italien, à l’abri de solides fortifications, dans le camp retranché de Sauria. Conscient de la supériorité de l’ennemi en armement et en hommes, le général Baratieri voudrait attendre que la faim ait contraint l’ennemi à se débander.

Mais cela ne fait pas l’affaire du Premier ministre Crispi qui a besoin d’une victoire rapide. Il somme le général d’attaquer l’ennemi sans attendre. Baratieri s’y résout après qu’un agent double lui a fait croire que les troupes ennemies étaient en train de se disperser. C’est ainsi que survient le désastre d’Adoua.

Les premières colonnes italiennes parties en avant-garde dans la nuit du 29 février s’égarent et se heurtent au petit matin à l’armée nombreuse du ras Alula. Les unités suivantes se délitent face au flot des assaillants. Le héros du jour est un prince éthiopien, le ras Makkonen, dont le fils deviendra beaucoup plus tard empereur sous le nom de Haïlé-Sélassié 1er.

À Rome, le gouvernement de Francesco Crispi est aussitôt renversé. L’Italie se détourne de l’Éthiopie et le 26 octobre 1896, par le traité d’Addis-Abéba, reconnaît formellement l’indépendance de l’Éthiopie.

Rome reporte dès lors ses ambitions coloniales vers la Méditerranée. Il enlève à l’empire ottoman certaines îles de Méditerrannée orientale dont Rhodes ainsi que la Tripolitaine et la Cyrénaïque. C’est seulement quarante ans plus tard que le Duce Benito Mussolini se relancera à la conquête de l’Éthiopie avec l’objectif d’effacer l’humiliation d’Adoua.

L’empereur Ménélik II, fort de sa victoire, obtient la reconnaissance de son indépendance par l’Italie et les autres États occidentaux. Il modernise son empire avec l’aide intéressée de la France, qui construit une ligne de chemin de fer entre le port français de Djibouti et sa capitale Addis-Abeba (« Nouvelle Fleur »). Il repousse aussi avec succès les attaques des musulmans du Soudan et soutient l’Église d’Éthiopie.

Vidéo

Archives INA

Avec la contribution de André Larané Herodote

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