QU’EST-CE QUI AMÉLIORERA LES CONDITIONS DE VIE DES CAMEROUNAIS? – Par Eric Beck’s

On dit souvent au Cameroun que c’est à cause de la mafia qui est au pouvoir que le Cameroun n’avance pas. Seul problème c’est que la mafia existe partout. Elle est même plus virulente dans les pays riches ou puissants. Mais qu’est-ce qui fait quand même que dans ces pays le peuple soit plus ou moins à l’aise? Que les gens puissent jouir de leurs droits? C’est tout simplement la capacité de ces peuples à faire bloc pour défendre ce qui leur revient. Pour imposer à leurs mafias le partage équitable des revenus.

Au Cameroun par contre, on sait que quelqu’un est fâché après l’état quand il crie à « Biya must go » ou alors qu’il cherche à déstabiliser le pays tout entier. Même s’il ne sait pas après sur quelle terre il élèvera ses enfants demain. S’il ne peut rien obtenir, alors que tout le monde perde. Ceci est la logique du lâche, du poltron, du paresseux ou de l’imbécile qui a peur de payer le prix de ses droits.

Au Cameroun, quand les gens revendiquent, certains sont prêts à se faire acheter par la mafia qu’ils fustigent dans les médias. Il parait même que c’est devenu une façon de se faire recruter par elle. Avec de tels agissements, comment donc voulez-vous que les conditions de vie du peuple s’améliorent? Ou que les droits qui reviennent à votre métier soient respectés? Si on sait qu’on peut vous acheter à la moindre occasion. Si on sait que vous n’êtes pas unis. Si on sait qu’à la moindre menace, vous allez vous tasser. Qui vous respectera et qui vous donnera ce que vous voulez? Même à l’enfant à la maison, on ne donne ce qu’il veut parfois que parce qu’il a demandé et fait savoir son besoin.

Mais au cameroun, on a affaire à un peuple tellement lâche et poltron, paresseux et corrompu qu’on ne connait son mécontentement que lorsqu’il faut déstabiliser l’État tout entier pour une simple question d’eau à boire ou d’électricité. C’est nul et ridicule.

PARLONS DU CAS DES MUSICIENS.
Au Cameroun, les musiciens sont mal payés. Ils sont clochardisés dans les cabarets. Ça paie tellement bas que tu ne peux pas vivre décemment avec ce qu’on te donne. Et quand tu demandes aux gens de faire quelque chose, ils accusent l’état. Chers collègues, au Nigéria, la mafia est plus puissante que celle du cameroun. Et la musique produit plus d’argent que chez nous. Ça se chiffre en milliards de dollars. Mais pourquoi les Nigérians arrivent à bénéficier de leurs droits et à manger du fruit de leur art?

Les musiciens nigérians étaient aussi corrompus et poltrons que ceux du Cameroun. Mais un jour, ayant eu ras-le-bol de se faire toujours malmener, ils sont allés voir Fela Kuti et lui ont demandé de les aider à rentrer dans leurs droits. Fela a donné une seule condition. Du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, s’il donne un mot d’ordre, tous les musiciens obéissent. Dans le cas contraire, il se retire et les laisse dans leur merde. Ils se sont engagés à le faire. Voici venus les élections législatives. Fela a interdit de jouer la musique nigériane sur tout le territoire fédéral pendant la campagne électorale. Pour un Nigérian, passer une journée sans entendre une musique du terroir à la radio est comme un suicide. Personne n’a suivi le mot d’ordre: les politiciens, les radios, les télévisions, les discothèques… Tous se sont entêtés. Alors Fela a ordonné aux musiciens d’aller chier dans les locaux publics et privés coupables de désobéissance aux musiciens: sur leurs murs, les tables, le sol: partout. Les établissements publics et privés ont commencé à éviter de diffuser la musique. Il y’a eu des arrestations, mais les musiciens ont tenu bon. Après des jours de bras de fer, le gouvernement a cédé. C’est dans les rues que les accords se signaient.

Manu Dibango est venu pour aider le droit d’auteurs au cameroun. Il a demandé à être suivi, il avait même le soutien du chef de l’État. L’avenir s’annonçait grandiose. Mais nous l’avons trainé dans la boue parce que montés et financés à raison de 10 000, 5000 Fcfa par des gens qui mangent nos milliards tous les jours. N’accusons donc personne d’autre que nous-mêmes. Si la musique va mal au pays, si l’art va mal, ce n’est pas la faute à Biya, à Kombi, ni à quiconque ou quelque mafia que ce soit. Car cela existe partout. C’est la faute à notre manque de sérieux.

Et pas la peine, pour que ça change, d’aller chercher les armes ou de vendre le pays à une puissance étrangère. C’est de la bêtise du fond du trou de chiot. C’est une question d’entente, de solidarité, d’amour pour son métier et de loyauté envers sa cause