DONALD TRUMP, LE PETROLE ET LE CAMEROUN (4eme Partie) – Par Eyock Pierre

Dans la première partie de cette publication, j’ai montré comment Donald Trump va changer l’économie mondiale afin de relancer la création d’emplois aux Etats-Unis.

Au cours de la deuxième partie,  j’ai présenté les « nouveaux déterminants de la prospérité des Nations »  tels qu’énoncés par Thomas Friedman, sous la forme de questions qu’il pose systématiquement aux membres des gouvernements, aux chefs d’entreprises, et aux citoyens ordinaires des Pays qu’il visite, dans le cadre de son travail comme journaliste chroniqueur étranger du «New York Times». Ces questions sont les suivantes :

  • Quel est le taux de connexion à Internet dans votre Pays ?
  • Quelle est la rapidité de réaction de votre Pays ?
  • Votre pays sait-il valoriser ses savoirs et savoir-faire technologiques ?
  • Quel est le poids de votre Pays ?
  • Votre Pays est-il ouvert sur l’extérieur ?
  • Votre pays sait il se faire des amis ?
  • Votre Pays est-il doté de gestionnaires compétents ?
  • Quelle est la valeur de l’image de marque de votre Pays ?

Puis j’ai présenté le premier desdits déterminants tels qu’il devrait être implémenté dans le contexte de notre Pays.

La troisième partie de ma publication a été consacrée à l’examen du deuxième déterminant de la prospérité des nations sus mentionnée, ainsi qu’aux modalités de son implémentation au Cameroun.

Je consacre cette quatrième partie de ma publication (la plus longue de toutes) à l’examen du troisième déterminant de la prospérité des nations sus mentionnée, ainsi qu’aux modalités de son implémentation au Cameroun.

En raison de sa longueur cette partie a été écrite en paragraphes sous-titrés et qui peuvent être lues séparément. Les premiers paragraphes consacrés à l’histoire des sciences peuvent paraitre abscons, en dépit de l’effort de simplifications. Dans ce cas ils pourraient être lus en dernier lieu. Mais je suggère fortement de les lire, pour une meilleure compréhension du texte, mais aussi des origines scientifiques des équipements qui meublent notre quotidien.

  1. LES SAVOIRS ET SAVOIR-FAIRE TECHNOLOGIQUE DU PAYS, ET LEUR MISE EN VALEUR

Walter Wriston, ancien Président de la Citibank a écrit dans un article publié par la revue Foreign Affairs : « La poursuite de la prospérité, c’est aujourd’hui, dans une large mesure, la recherche du savoir et de l’information technologique, et leur application aux moyens de production. Les règles, usages, usages, compétences et talents nécessaires à la découverte, l’obtention, la production, la protection et l’exploitation du savoir et de l’information technique constituent désormais les atouts majeurs dont puisse disposer l’homme. La compétition pour le meilleur savoir et la meilleure information technologique a remplacé la compétition pour la meilleure Terre ou le meilleur gisement d’hydrocarbures. L’appétit d’annexion de territoires nouveaux s’est d’ores et déjà émoussé, et les grandes puissances se sont retirées de ceux qu’elles avaient antérieurement occupés… A chaque fois que par le passé, le mode de création de la richesse s’est modifié, les vieilles structures ont émergé et tous les aspects de la société se sont trouvés affectés. ON PEUT AFFIRMER QUE DESORMAIS C’EST LA CAPACITE DE PRODUIRE, ATTIRER ET RENTABILISER LE CAPITAL INTELLECTUEL QUI DETERMINERA CELLES DES NATIONS QUI SURVIVRONT ET PROSPERERONT ».

MAIS DE QUEL CAPITAL INTELLECTUEL S’AGIT-IL     ? Pour répondre à cette question je vais une fois encore m’inspirer mes lectures, notamment d’un livre écrit par Michio Kaku, titulaire de la Chaire de physique théorique au City College de New York, et dont le titre de la version en français est « VISIONS, Comment la science va révolutionner le 21e siècle ».

LA SCIENCE ET LA PROSPERITE DES NATIONS, DE NEWTON A L’AUBE DU 20E SIECLE

Isaac Newton écrivait il y a trois siècles : « … à mes yeux il me semble n’avoir été qu’un enfant jouant sur le rivage, réjoui de trouver de temps en autre un galet plus poli, un plus joli coquillage qu’à l’ordinaire, tandis que le vaste océan de la vérité s’étendait devant mois, inconnu ». Lorsque Newton embrassait du regard le grand océan de la vérité déployé devant ses yeux, le lois de la nature étaient encore enveloppées d’un impénétrable voile de mystère, de crainte, de superstition. La science telle que nous la connaissons n’existait pas encore. La vie était brève, cruelle, brutale. Les gens étaient majoritairement analphabètes, la plupart ne dépassaient pas l’âge de 30 ans et, de la dizaine d’enfants qu’ils faisaient plusieurs mourraient en bas âge

Le travaux de Newton et d’autres scientifiques provoquèrent une extraordinaire chaine  d’évènements et une profonde transformation de la société humaine. Avec la mécanique de Newton vinrent de puissantes machines, et finalement la locomotive à vapeur, la force motrice qui donna au monde un nouveau visage, mettant un terme à la société agraire, stimulant le commerce, déclenchant le révolution industrielle, et ouvrant de continents entiers grâce au chemin de fer.

Au 19e siecle, un vaste processus de découverte scientifique était en route. De remarquables avancées en science et en médecine contribuèrent à sortir les gens de la pire des misères et de l’ignorance, à enrichir leur vie, à leur donner accès au savoir, à leur ouvrir les yeux sur de nouveaux Mondes, pour finalement déchainer les forces complexes qui allaient détruire les dynasties féodales, les fiefs et les empires de l’Europe.

LES TROIS REVOLUTIONS SCIENTIFIQUES DU 20E SIECLE

A la fin du 20e siècle, la science a atteint la fin d’une ère, dévoilant les secrets de l’atome, déchiffrant la molécule de la vie et créant l’ordinateur.  Avec ces trois découvertes fondamentales, déclenchées par la révolution quantique, la révolution de l’ADN, et la révolution informatique, les lois fondamentales de la vie, de la matière, et du calcul sont enfin, pour l’essentiel établies. Une ère s’est achevée, une autre a déjà commencé…

Le Monde s’est manifestement engagé dans une autre révolution. Le savoir humain double tous les dix ans. La première décennie du 3e millénaire (2000-2010) a vu naitre plus de savoir scientifique que tous le reste de l’histoire humaine. La puissance des  ordinateurs double tous les 18 mois. Le réseau Internet double chaque année. Chaque jour les manchettes des journaux annoncent de nouvelles avancées en informatique, dans les télécommunications, les biotechnologies et les technologies d’exploration spatiale. Dans le sillage de ce tourbillon technologique, des industries entières et des styles de vie vont disparaitre, remplacés par des formes toutes nouvelles.  Mais ces rapides changements, déconcertants, ne sont pas seulement quantitatifs, ils représentent les contractions d’une nouvelle ère en travail. Devant nous s’étend un nouvel océan des possibles et des applications scientifiques sans fin, où nous puiserons pour la première fois la capacité de manier et de modeler les forces de la nature à notre guise.

L’âge de la découverte s’est achevé, et l’âge de la maitrise a commencé. Elle sera fondée sur les trois piliers de la science moderne que sont la matière, la vie et l’esprit. Le 20e siècle a été couronné par le dévoilement des composantes fondamentales de ces trois piliers à savoir la fission du noyau de l’atome, le décodage du noyau de la cellule, et le développement de l’ordinateur.  La Révolution quantique qui aboutit à la fission du Noyau de l’atome fut la première de ces révolutions du 20e siècle. Cette Révolution quantique va plus tard donner naissance d’une part à la Révolution biomoléculaire (décodage du noyau de la cellule) via la cristallographie aux rayons X et la théorie de la liaison chimique, et d’autre part à la Révolution informatique (développement de l’ordinateur), via la découverte du transistor et du laser.

LES SAVOIRS AU  21E SIECLE…

 Le 21e siècle pleinement engagé dans sa deuxième décennie est marqué par le sceau de la synergie. La pollinisation croisée entre les trois révolutions susmentionnées sera considérablement accélérée, apportant le pouvoir sans précédent de manipuler la vie, la matière et l’intelligence. Il est désormais difficile d’être un chercheur scientifique compétitif si on n’est pas capable de surfer de manière permanente entre ces trois domaines.

La dynamique des relations entre ces trois révolutions est telle que lorsqu’un domaine se trouve buter au fond d’une impasse, un résultat inattendu venu d’un autre domaine apporte la solution… A titre d’illustration, les biologistes désespéraient de ne jamais déchiffrer les millions de gènes qui contiennent les plans du vivant, grâce aux percées en terme de croissance exponentielle de la puissance des ordinateurs et des algorithmes, la mécanisation et l’automatisation du processus de séquençage génétique a permit de résoudre le problème des biologistes.  De la même manière, l’augmentation de la puissance des puces électroniques des ordinateurs va bientôt se heurter à un obstacle physique d’ici à l’an 2020, lorsque les lois d’airain de la physique quantique reprendront le dessus. Alors la taille des composants des micropuces sera si petite –en gros à l’échelle des molécules- que les effets quantiques l’emporteront nécessairement.  Fort heureusement, de nouvelles avancées dans la recherche de l’ADN ouvrent la voie à un nouveau type d’architecture des ordinateurs qui calculera en fait sur des molécules organiques. LE TOUT EST DESORMAIS SUPERIEUR A LA SOMME DES PARTIES…

QUELLES EN SERONT LES REPERCUSSIONS SUR LA PROSPERITE DES NATIONS AU 21 SIECLE  ?

Cette accélération de la science et de la technologie au cours de ce 21e siècle aura des profondes répercussions sur la prospérité des nations et sur notre niveau de vie. Alors qu’au 20e siècle, les nations les plus riches étaient celles qui possédaient des riches gisements de ressources naturelles ou qui accumulaient de grandes masses de capitaux, au 21e siècle il en est autrement.

En fait de nombreuses nations dotées d’abondantes ressources naturelles deviendront pauvres, a cause de la baisse des prix sur le marché desdites ressources naturelles. Ainsi l’explosion des prix du pétrole au cours de la première décennie du 21e siècle doit être considérée comme « les derniers soubresauts d’un moribonds ». La transformation de  l’énergie solaire en un produit de consommation de masse d’une part, et d’autre part l’autonomisation énergétique des Etats-Unis grâce à son pétrole de schistes sonnent le glas du pétrole comme moteur de prospérité d’une nation.

Lester C. thurow, ancien doyen de la Sloan’s School of Management du Massachussetts Institute of Technologies écrit : « Au 21e siècle, les facteurs stratégiques essentiels sont l’intelligence, l’imagination, l’invention et les technologies nouvelles… De nos jours, le savoir et les compétences sont la seule source d’avantages comparatifs »

De nombreuses nations pauvres en ressources naturelles sont déjà fortement engagées sur la voir de la prospérité, parce qu’elles ont mis l’accent sur ces technologies qui procurent un avantage concurrentiel sur le marché mondialisé.

SINGAPOUR, LE MIRACLE DES COURS DE MATHEMATIQUES AU SEIN DES MATERNITES

L’exemple type d’une nation pauvre en ressources naturelles et qui a bâtit sa prospérité sur le « le savoir et les compétences »  est Singapour, un petit Pays ayant une superficie de 640 Kilomètres carré et une population d’à peine plus de cinq millions d’habitants. L’éducation y est l’une des grandes priorités. En 1968, ce Pays ne produisait encore aucun ingénieur, aujourd’hui il en produit 5.000 par an. Ce capital humain de très haut niveau permet d’attirer des entreprises multinationales que le gouvernement de Singapour accueille « à bras ouverts », sachant que celles-ci, en sus des emplois créés, apportent dans leur corbeille de mariée, une dot précieuse : La technologie, le savoir-faire, le capital et un accès aux marchés. Les nombreuses entreprises candidates sont soigneusement examinées et sélectionnées en fonction des secteurs qu’elles représentent. Singapour recherche et choisit des entreprises stables, de hautes technologies, et disposées à investir dans une perspective de long terme.

Le Docteur Goh Keng Swee fut le maitre à penser économique et l’artisan du « Miracle de Singapour», c’est à lui que ce Pays doit sa croissance économique de 7 à 9% pendant trente ans. L’explication de ce miracle est selon lui à chercher ailleurs. Il déclarait à ce sujet,

« Le facteur décisif a consisté de notre part à insister sur les sciences exactes et les mathématiques à l’école, et de la part des mères de familles à insister auprès de leurs enfants pour qu’ils en fassent. Les mères sont les vraies responsables du Miracle de Singapour ».

Mais Le Docteur Goh Keng Swee omet d’ajouter que pendant vingt ans, il a personnellement sillonné les maternités de Singapour, pour prêcher aux femmes qui venaient d’accoucher l’évangile de L’amour des mathématiques et des sciences, à transmettre à leurs nouveaux nés. Et, au sein du gouvernement il a orienté les politiques gouvernementales en priorité en faveur de la modernisation constante des enseignements aux métiers des technologies de l’ingénieur.

MAIS QUELLES TECHNOLOGIES POUR LA PROSPERITE AU 21E SIECLE ?

Certaines nations ont établi des listes des technologies clés qui seront les moteurs de la richesse et de la prospérité  au cours de ce 21e siècle. Ainsi une liste-type a été établie en 1990 par le Ministère du Commerce International et de l’industrie japonais (MITI). Elle comprend :

  • La micro-électronique
  • Les biotechnologies
  • Les télécommunications
  • L’industrie aéronautique civile
  • La robotique et les automatismes industriels
  • L’informatique (logiciels, matériels et réseaux)

En 2017, force est de constater que depuis 15 ans, ces six technologies sont effectivement les moteurs de transformations économiques, industrielles et sociales sans précédent dans l’histoire de l’humanité… Rien ne semble pouvoir arrêter ni même ralentir la production scientifiques et industrielle dans ces six domaines. Chacune de ces technologies, sans exception, destinée à dominer le 21e siècle s’enracine profondément dans les révolutions quantiques, informatique et biomoléculaires.

Ces trois révolutions ne sont pas seulement la clé des avancées scientifiques en ce siècle, elles ont également les moteurs dynamiques de la richesse et de la prospérité. Les nations ne devront leur essor et leur chute qu’à leur capacité à maitriser et capitaliser ces trois révolutions.

LE CAMEROUN ET SON NECESSAIRE BON DU MOYEN-AGE AU 21E SIECLE

Je vais commencer cette partie spécifique à notre Pays par une série d’anecdotes qui permettront à chacun de se faire sa propre opinion sur l’Etat des savoirs et savoir-faire technologiques dans notre Pays.

  • Il y a une vingtaine d’années, au moment de la construction du Pipeline Tchad-Cameroun, La société américaine chargée de construire cet important ouvrage a étudié le marché national de compétences pour y trouver des chaudronniers professionnels à recruter, Elle n’en a trouvé aucun. Elle en a pourtant trouvé sur le marché nigérian des compétences, mais le Cameroun été en conflit armé avec le Nigéria pour Bakassi, il était donc « politically incorrect» de confier la construction d’un Pipeline sur le territoire camerounais, à des chaudronniers Nigérians. Elle a fait venir des centaines de chaudronniers colombiens disponibles.

Et pourtant, lorsque je suis assis autour d’un bidon de vin de palme dans mon Village, autour de ce « vin de palme » il y a deux ainés, paisibles retraités qui après obtenu leur CAP de chaudronnerie à la fin des Années 1980 AU CETI D’EDEA, ont fait toute leur carrière à ALUCAM.

  • Il y a 15 ans, un ami fraichement rentré d’Allemagne nanti de son diplôme d’ingénieur agronome crée une ferme agropastorale dans son Adamaoua Natal. Quelques années après le démarrage de ses activités il reçoit un élève-ingénieur agronome de la FASA de Dschang, notre école de formation d’ingénieur agronomes à ce jour. Cet étudiant en classe de cinquième année à la FASA travaillait sur la culture de la pomme de terre, et souhaitait faire son stage de fin d’étude au sein de la ferme agropastorale de mon ami, et sous sa supervision. Mon ami lui a donné son a accord et ils ont fixés ensembles la date du démarrage du stage. Ce jour convenu, à 08 heures du Matin, mon ami à mis à la disposition de l’étudiant, 2 hectares de terres, un tracteur agricole, un tractoriste (le conducteur du tracteur) et un mécanicien (les tracteur achetés de seconde main tombent souvent en panne), puis mon ami est parti vaquer à ses autres occupations au sein de sa ferme agropastorale.

Quatre heures plus tard, mon ami s’est dit qu’il fallait aller voir ou en était l’étudiant, il a trouvé l’étudiant, le tracteur, le tractoriste et le mécanicien exactement à l’endroit où il les avait laissés quatre heures plus tôt. Il a cru que se sont ses employés qui boycottaient le travail et se mit à les gronder. C’est l’étudiant qui l’interrompit en lui disant : « Monsieur Excusez-moi, le problème ce n’est pas vos employés, c’est plutôt moi-même… En cinq années passées à la FASA de Dschang, je n’ai jamais vu un tracteur agricole, je ne sais même pas par où commencer… ». Puis mon ami à donné des instructions techniques précises à ses employés sur la base des désidératas de l’étudiant et le travail a commencé.

Au moment un ingénieur diplômé de la FASA de Dschang n’a jamais vu ni conduit de tracteur pendant toute sa formation, Un université agricole d’Israël est à la pointe de la robotisation et de la gestion à distance des tracteurs agricoles pilotés par des robots. Les travaux de cette Université sont cofinancés par le Gouvernement chinois, un Pays où la main d’œuvre agricole bon marché est surabondante.

  • Il y a quelque semaines, en écoutant une émission de débat par téléphone à la radio, j’ai entendu une jeune femme déclarer : « Dans ce Pays, on nous a pendant plusieurs décennies bassiner les oreilles en disant que l’enseignement technique c’est pour les gens qui avaient ratés leur vie. Aujourd’hui avec nos Licences en droit et en lettres on nous demande d’aller faire l’agriculture, sans Terres, sans formation et sans matériel… »
  • 57 ans après son indépendance notre Pays ne compte AUCUNE UNIVERSITE DE TECHNOLOGIES
  • Quand il a fallu mettre en place l’université Panafricaine il y a quelques années, pendant que les autres Pays tels que le Kenya s’arrogeaient les campus des technologies de pointe, tous ce que le Cameroun a demandé et obtenu c’est « L’institut de Gouvernance !!! ». Un autre ENAM en fait. Le pire c’est que je vois des gens s’en vanter dans les médias…

Ces faits anecdotiques susmentionnés dressent l’image exacte de la situation actuelle de notre pays au plan des savoirs et savoir-faire technologiques. Les 4e et 5e anecdotes sont particulièrement révélatrices : NOTRE PAYS NE MANIFESTE A CE JOUR AUCUN INTERET POUR L’ACQUISITION DES SAVOIRS ET SAVOIR-FAIRE TECHNOLOGIQUES, MAIS EST TOUJOURS A LA QUETE DES SAVOIRS ET SAVOIR-FAIRE EN « GOUVERNANCE PUBLIQUE »…

Et pourtant même dans ce domaine de l’administration publique, une personne dotée d’un minimum de bon sens peut-elle raisonnablement affirmer que notre Pays est une « lumière »   ?  Qu’est ce que c’est que ce Pays où on forme chaque année des dizaines de milliers de jeunes gens dans les filières juridiques et littéraires, puis au terme de leurs études universitaires, les mêmes savants et « spécialistes en gouvernance publique »  qui dépensent chaque année l’argent de nos impôts pour former ces dizaines de milliers de juristes et littéraires leurs disent de manière lapidaire « Allez faire l’agriculture !!!! » ?

Ces savants et « spécialistes en gouvernance publique »  ont même poussé le vice et le cynisme à ses extrêmes, avec la création d’écoles privées leur appartenant, au sein des universités appartenant à l’Etat. Ils appellent LEURS écoles privées des « Masters Professionnels », qui n’ont en fait absolument rien de professionnel… Non content de dépenser les fonds publics pour former des chômeurs nantis de titres universitaires, ces  « Masters Professionnels » permettent à nos savants de VOLER quelques millions de F CFA supplémentaires à chacun de nos enfants… De l’argent que ces jeunes gens auraient pus utiliser pour aller reprofiler leur formation dans des pays –même africains- où l’Elite intellectuelle est plus soucieuse du devenir de la jeunesse.

Apres avoir consacré une dizaine d’années à l’étude des déterminants de la prospérité des « nouveaux pays industrialisés » (Inde, Chine, Brésil, Mexique, Singapour,…) je suis parvenu à la conclusion selon laquelle le modèle indien d’acquisition et de valorisation économique  des savoirs et savoir-faire technologiques est le plus simple, le plus pertinent et le plus facilement transposable dans notre Pays. Puis j’ai conçu un programme similaire pour notre Pays, dont j’ai proposé au Gouvernement la mise en œuvre sur financement indien justement. Ce programme est « en cours d’instruction »… De fait quelle est la singularité du modèle indien ?

Le gouvernement indien s’est fixé comme objectif de devenir la deuxième ou troisième puissance économique mondiale en 2025. Au terme de nombreuses études, ils ont établit que la condition sine qua non pour atteindre cet objectif est que le système d’enseignement technique indien mette chaque année sur le marché du travail un ingénieur pour chaque unité de 1000 habitants. C’est ainsi qu’en 2015, L’inde produisait chaque année, 1.200.000 ingénieurs dans les 400 spécialités codifiées par la All India Council for Technical Education,  L’autorité nationale de pilotage et de régulation de l’enseignement technologique. Mais, anticipant une population de 1.5 milliards d’habitants entre 2020 et 2025, L’inde a lancé en 2016 un programme de construction de 300 nouveaux « Polytechnic Colleges » à l’horizon 2020, afin de pouvoir former 1.500.000 ingénieurs par an à partir de l’an 2021. Scrutons plus en détail ce modèle indien…

LE MODELE INDIEN, UN EXEMPLE POUR LE CAMEROUN…

Tout commence à l’école primaire où on constate un parti pris clair et sans ambiguïté en faveur de l’enseignement des mathématiques et de l’informatique (sans ordinateurs) d’une part, et d’autre part la priorité donnée aux activités périscolaire qui développent l’esprit logique et incitent à l’amour pour les sciences exactes.

A partir de l’enseignement secondaire de lourds investissements sont consentis par l’Etat indien pour la construction et l’entretien des  laboratoires et l’équipement informatique des établissements. Un accent particulier est aussi mis dans l’enseignement de l’anglais. Sur le plan périscolaire on observe une grande médiatisation des activités telles que les « jeux olympique des sciences » pour les élèves en fin de cycle d’enseignement secondaires.

Les « Indian National Olympiads examinations in Mathematics, Physics, Chemistry and Biology » se déroulent chaque année, entre la fin du mois de janvier et le debut du mois de fevrier. Fortement médiatisés, ils constituent les compétitions intellectuelles les plus sélectives en Inde, entre les deux cycles d’enseignement secondaire et universitaires. 200 à 300 jeunes indiens sont sélectionnés pour participer à la session nationale annuelle des « Indian National Olympiads examinations » dans chacune des matières scientifiques (Mathématiques, physique, Chimie, Biologie).   Les sélections sont effectuées sur la base des résultats des « Regional Mathématics  Olympiads »  et les « National Standard Examinations in physics, chemistry and Biology » qui sont organisés respectivement en décembre et novembre de chaque année par chacun des 34 Etats de l’Union, et auxquels participent en moyenne 25.000 jeunes indiens.

Au terme de cette compétition olympique, chaque année des équipes composées de six étudiants en mathématiques, cinq étudiants en Physiques, quatre étudiants en chimie et quatre étudiants en Biologie sont constituées chaque année pour représenter L’Inde aux « International Olympiads » qui sont la plus prestigieuse compétition mondiale pour jeunes étudiants en sciences.

Mais la véritable innovation indienne qui lui procure son avancée technologique porteuse de prospérité se trouve dans l’organisation de son enseignement supérieur des technologies.

En effet, sur les 600 universités que compte l’inde, on dénombre 200 Universités de Technologies qui préparent aux Bachelor Tech, Master Tech et PhD Tech. Les deux missions principales affectées par le gouvernement indien aux Universités de Technologies sont  premièrement  former les ingénieurs et chercheurs de très haut niveau dont a besoin l’inde pour son industrie, et deuxièmement produire un grand nombre de brevets d’invention dans les domaines les plus pointus de l’industrie. Ces deux missions affectées aux universités de technologies sont les forces motrices de l’ambition indienne, de devenir à moyen terme la deuxième ou troisième puissance économique et industrielle du Monde. Tout à fait à côté des Universités de technologies, qui relèvent de l’organisation universitaire classique, L’inde a mis en place les « Engineering and Technology Colleges », plus souvent appelés «Polytechnic Colleges».

 Sous la coupole de La All India Council for Technical Education (www.aicte-india.org), Haute autorité nationale de Régulation de l’enseignement supérieur des technologies, l’inde compte 4.700 «Polytechnic Colleges» en 2016, et en comptera 5.000 en 2020, dans le cadre de son ambition de produire 1,5 millions d’ingénieurs à partir de l’an 2021. La mission des «Polytechnic Colleges» est de former en trois ans les ingénieurs qui se chargeront de valoriser les brevets d’invention produits par les Universités de Technologies. Cette valorisation se décline par la création des petites entreprises génératrices d’emplois et de richesses, soit sous une forme autonome, soit comme entreprises sous-traitantes des plus grands groupes industriels indiens. La formation dans les  «Polytechnic Colleges» est par conséquent une formation hautement pratique (en moyenne 60% du volume horaire) afin de former des ingénieurs directement créateurs d’emplois au terme de leur formation.

Le répertoire duAll India Council for Technical Education (www.aicte-india.org) contient environ 400 spécialités de métiers d’ingénieurs, allant de l’agriculture à l’aéronautique spatiale, en passant par la Robotique et la fabrication des armes et munitions. Chacun des 34 « State Board of technical education » choisit librement dans ce répertoire, et en fonction des spécificités industrielles locales, les spécialités à enseigner au sein des «Polytechnic Colleges» installés sur le territoire dudit Etat, et pour lesquelles ledit Etat organisera chaque année l’examen national de fins d’Etudes professionnelles d’ingénieurs.

Enfin il y a lieu de présenter une autre innovation du modèle indien, toujours sous la coupole du All India Council for Technical Education (www.aicte-india.org) qui est le « Community College ». Adossé sur et hébergé par un «Polytechnic College» dont il exploite les équipements et les ressources humaines, les « Community Colleges» ont pour mission de lutter contre la fracture et l’exclusion technologiques qui sont clairement visible au sein de la société indienne, urbaine et rurale. Dans le cadre de formations professionnelles courtes et en alternance, les « Community Colleges» assurent le reprofilage des compétences des personnes en situation de précarité, du fait de l’échec scolaire ou de l’inadéquation entre la formation et les possibilités d’emplois.

Le Cameroun n’a-t-il pas les mêmes problèmes ?

 A SUIVRE

Lire aussi:

1- DONALD TRUMP, LE PETROLE ET LE CAMEROUN (1ere partie)

2- DONALD TRUMP, LE PETROLE ET LE CAMEROUN (2eme Partie)

3 – DONALD TRUMP, LE PETROLE ET LE CAMEROUN (3eme Partie)