DONALD TRUMP, LE PETROLE ET LE CAMEROUN (3eme Partie) – Par Eyock Pierre

Dans la première partie  de cette publication postée ne fin de semaine dernière, j’ai montré comment Donald Trump va changer l’économie mondiale afin de relancer la création d’emplois aux Etats-Unis.

Au cours de la deuxième partie, postée lundi dernier, j’ai présenté les « nouveaux déterminants de la prospérité des Nations » tels qu’énoncés par Thomas Friedman, sous la forme de questions qu’il pose systématiquement aux membres des gouvernements, aux chefs d’entreprises, et aux citoyens ordinaires des Pays qu’il visite, dans le cadre de son travail comme journaliste chroniqueur étranger du «New York Times». Ces questions sont les suivantes :
 Quel est le taux de connexion à Internet dans votre Pays ?
 Quelle est la rapidité de réaction de votre Pays ?
 Votre pays sait-il valoriser ses savoirs et savoir-faire technologiques ?
 Quel est le poids de votre Pays ?
 Votre Pays est-il ouvert sur l’extérieur ?
 Votre pays sait il se faire des amis ?
 Votre Pays est-il doté de gestionnaires compétents ?
 Quelle est la valeur de l’image de marque de votre Pays ?

Puis j’ai présenté le premier desdits déterminants tels qu’il devrait être implémenté dans le contexte de notre Pays. Je consacre cette troisième partie de ma publication à l’examen du deuxième déterminant de la prospérité des nations sus mentionnée, ainsi qu’aux modalités de son implémentation au Cameroun.

2. LA RAPIDITE DE REACTION DU PAYS

Bill Gates a l’habitude de dire que pour Microsoft, une chose est certaine : dans un délai de quatre ans, chacune de ses innovations sera obsolète. La seule question est de savoir si c’est Microsoft qui la rendra obsolète, ou l’un de ses concurrents.

Klaus Schwab du forum International de Davos a déclaré un jour « Nous sommes passés d’un Monde où les gros mangeaient les petits à un Monde où les rapides mangent les lents ». Ce qui est tout à fait exact, pourquoi ?

Parce que le Monde a changé !!! Le Monde de la mondialisation a remplacé le Monde de la « Guerre Froide ». Hier les « gros » étaient favorisés par le protectionnisme des Nations et les monopoles accordés par les Etats à certaines entreprises dites « Stratégiques ». Il en résulte quehier, ce sont les détenteurs du pouvoir politique dans un Pays qui décidaient seuls du destin de chaque citoyen, plus particulièrement choisissaient seuls qui sont ceux des citoyens qui pouvaient accéder à la richesse et/ou au bien-être.

Aujourd’hui la mondialisation a rétablit l’équilibre des pouvoirs entre les citoyens ordinaires pris individuellement ou collectivement d’une part, et les gouvernants politiques d’autre part. En effet, parce qu’elle a fait tomber les murs qui s’opposaient aux déplacements des personnes et considérablement réduit les moyens de censure à la disposition des pouvoirs politiques, la mondialisation a considérablement accru le pouvoir qu’a chaque citoyen pris individuellement, de peser à la fois sur le marché et sur la conduite des affaires politiques de la Nation. Les évènements en cours au Cameroun depuis deux mois, nous rappellent cette réalité, et avec une brutalité déroutante pour tous. La gestion de cette crise dans ses débuts, par certains membres du Gouvernement camerounais, peut légitimement convoquer certaines interrogations…

La tache principale d’un Gouvernement est aujourd’hui de permettre à ses citoyens et à ses entreprises de travailler à une vitesse supérieure, et sans précédent dans l’histoire de l’humanité.

Dans certains Pays le processus de création des richesses est rapide, parce que le gouvernement y a appris comment faire pour accélérer le mouvement. Par le passé, aucune entreprise multinationale n’implantait d’unité de production en Ecosse, aujourd’hui on ne peut pas se dispenser d’y être présent, parce que le gouvernement écossais a construit une infrastructure de grand style. En Ecosse tout est en place pour permettre à une entreprise d’installer une usine aussi rapidement que possible : une règlementation transparente, une fiscalité incitative, des infrastructures de transport modernes, des infrastructures de télécommunications « Carrier Grade », mais aussi et surtout un système d’enseignement technique et professionnel toujours à la pointe au plan technologique, afin de mettre sur le marché des ressources humaines compétentes et compétitives.

Dans d’autres Pays, la rapidité tient à l’agilité naturelle de la population, liée à sa culture, à son histoire, à son histoire, ou simplement à son patrimoine génétique. Des zones « chaudes » telles que l’Italie du Nord, Tel Aviv, Shanghai, La Corée du Sud, Beyrouth et Bangalore sont dotées d’une rapidité naturelle et démarrent en flèche, constituant un formidable moteur de croissance pour l’ensemble de leur Pays. Internet a permit aux communautés chinoises, juives, italiennes, libanaises, indiennes ou coréennes implantées à l’étranger, de se constituer en des « Cybertribus » combinant rapidité, créativité et esprit d’entreprise, pour générer d’énormes richesses, au grand bénéfice des citoyens et de leurs Pays d’origine.

L’Italie du Nord est aujourd’hui l’une des régions les plus riches d’Europe. Reginald Bartholomew, ancien ambassadeur des Etats-Unis en Italie a dit un jour « Imaginons que vous vous rendiez en France, en Allemagne et en Italie et que vous déclariez à vos interlocuteurs : ‘’je voudrais acheter du fromage violet ‘’. Que se passerait-il ? Et bien les français vous diraient ‘’Monsieur il n’existe pas de fromage violet’’. Les allemands vous diraient : ‘’le fromage violet ne figure pas au catalogue cette année’’. Mais les italiens… Ah les italiens eux vous diraient : ‘’Fort bien, Monsieur. Mais quelle nuance de violet aimeriez-vous ? Magenta ? »

Apres ce rapide tour du monde des bonnes pratiques, revenons au Cameroun…

Le Gouvernement camerounais est désormais sommé de moderniser les pratiques et les procédures qui sous-tendent la fourniture du service public, dans l’optique d’une réactivité toujours plus grande, afin de répondre en urgence à une demande sociale, désormais portée par une jeunesse « Android » très pressée, et complètement libérée du formatage relatif au « respect des ainés » qui a pendant longtemps anesthésié ses parents que nous sommes. L’économie camerounaise doit être restructurée afin d’accélérer les transactions, les investissements et la production. Il est certes observé un effort dans la simplification des procédures de création des entreprises, mais Les procédures de règlement de litiges commerciaux doivent aussi être accélérées et simplifiées.

Mais il n’y a pas que l’appareil de l’Etat du Cameroun qui est sommé d’être plus réactif, les citoyens ordinaires pris individuellement sont aussi interpellés. Des expressions telles que « Le Cameroun c’est le Cameroun » ou le « Cameroun est formidable, vivons seulement », sont des expressions qui traduisent notre démission individuelle et collective, ainsi que notre acharnement dans la torpeur, face à la vitesse supersonique de ce train, la mondialisation, qui nous a laissé sur le quai…IL FAUT REAGIR ET VITE. MAIS COMMENT ?

Isabelle Laure Fouapon Mukwade dit souvent qu’il est urgent d’enseigner à nos enfants les valeurs de patriotisme, de citoyenneté et de volontariat (mission qui incombe aussi aux partis politiques). Ces valeurs auxquelles je vais ajouter la ponctualité, la connaissance de l’anglais, et l’aptitude à l’apprentissageà vie, en feront des individus équilibrés, dotés d’une grande capacité d’adaptation, dans un Monde ou le mouvement est désormais la règle, et le statu quo l’exception.

Le patriotisme et la citoyenneté représentent « l’olivier » dans le titre « La Puce et L’olivier, Comprendre la Mondialisation » du livre de Thomas Friedman, cité dans la première partie de ma publication. Friedman affirme que dans un Monde dont le mouvement supersonique est motorisé par la « Puce » électronique des ordinateurs et de l’internet, l’attachement à sa patrie et à sa cité sont désormais les seuls points d’ancrage pour chaque individu. Ce qui justifierait d’ailleurs la démultiplication des conflits d’origines identitaires.

La ponctualité et la vitesse de réaction sont des frères siamois.Quels types de rapports les camerounais entretiennent-ils avec la ponctualité ? Une chose est certaine nous avons tous la même réponse à cette question. Les camerounais aiment se faire attendre !! Cela leur donne un sentiment de supériorité et de domination envers leurs semblables… Maintenant comment et ce qu’un homme ou une femme, qui érigé un Vice – être toujours en retard – en vertu parviendra t-il à transmettre à sa progéniture les valeurs de respect de son prochain par la ponctualité? Je n’ai pas la réponse à cette question.

L’aptitude à l’apprentissage à vie sera le seul moyen pour nos enfants de survivre dans un monde où l’obsolescence des savoirs et savoir-faire est désormais fulgurante. Au cours de l’avant-dernier sommet économique annuel de Davos en janvier 2016, Les Chefs d’entreprises, experts et scientifiques venus de plus de 180 Pays s’étaient accordés sur un seul point : PLUS DE LA MOITIE DES METIERS QUI EXISTERONT DANS LE MONDE EN 2025…NE SONT PAS ENCORE CONNUS.

Plus simplement dit, un enfant qui va se présenter à l’examen de BEPC à Douala en juin prochain, et qui dans quatre ans après son Baccalauréat, poursuivra ses études dans une Prestigieuse université occidentale, aura une chance sur deux de se retrouver au chômage au terme de ses études universitaires, parce que le métier qu’il aura appris n’existera plus ou n’aura plus aucune valeur marchande sur le marché du travail. Que dire alors de son ami d’enfance, issu d’une famille moins nantie qui poursuivra ses études au sein d’une université camerounaise ?

Heureusement qu’il y a désormais Internet, qui offre à chaque individu, indépendamment de sa situation géographique et de son niveau d’études, la possibilité de « reprofiler » en permanence ses compétences grâce à la pédagogie numérique et aux classes virtuelles. A condition d’écrire et s’exprimer couramment en anglais, car 99% des contenus pédagogiques disponibles sur Internet sont dans la langue de Shakespeare. J’ai l’habitude de dire à mes proches que sur le long terme, il est contreproductif de mettre une pression permanente sur nos enfants afin qu’ils soient toujours « premier de la classe ». Car nos enfants devront changer de métiers au moins quatre fois au cours de leur existence, ils devront par conséquent passer toute leur vie à apprendre et réapprendre. Il n’est donc pas raisonnable de les « épuiser à l’échauffement ».Passer régulièrement en classe suivante, avec une assez bonne moyenne est largement suffisant, j’en suis une illustration vivante, et je ne suis pas la seule.

Cette accélération fulgurante de l’obsolescence des Savoirs et savoirs faire interpelle aussi la gestion du système éducatif camerounais. Une amie, professeur des Lycées d’enseignement Technique depuis 17 ans me disait il y a quelques semaines « Pierre, j’en ai marre ! Je veux faire autre chose ! Rabâcher chaque année pendant 17 ans les mêmes choses, les mêmes programmes scolaires qui ne changent jamais…C’est abrutissant, aussi bien pour les enfants que pour nous leurs enseignants … »

Nous parlerons des savoirs et savoir-faire dans la prochaine partie

A SUIVRE

1- DONALD TRUMP, LE PETROLE ET LE CAMEROUN (1ere partie)

2- DONALD TRUMP, LE PETROLE ET LE CAMEROUN (2eme Partie)

4- DONALD TRUMP, LE PETROLE ET LE CAMEROUN (4eme Partie