ATTENTAT EN ALLEMAGNE – LA HACHE DE GUERRE / De quoi l’Allemagne paye t-elle le prix? – Par Claude Wilfried

Dans le livre de l’auteur américain Stephen King “Mr Mercedes”, publié en 2014, un homme lance sa berline dans une foule de candidats au Pôle Emploi local et écrase huit personnes, blessant quinze autres. De même, dans son livre “The Shining”, paru en 1977, un père de famille nommé Jack Torrance et armé d’une hache, poursuit sa femme et son fils à travers les collines enneigées des Rocky Mountains. À croire que les islamistes sont devenus de grands fans et lecteurs assidus de King.

Parce qu’en effet, ces deux scénarios ressemblent grandement aux deux derniers attentats ayant frappé l’Europe occidentale cette semaine. Le premier à Nice, et le deuxième survenu lundi 18 juillet, à 21 heures, dans un train régional qui desservait la ville de würtzburg en Bavière. Derrière le fait que les principales victimes soient une malheureuse famille de touristes Hongkongais, ce dernier attentat nous permet de conclure qu’en 2016, il n’y a plus aucun endroit sûr dans le monde. L’Europe “civilisée” qui ne connaissait ces horreurs que depuis la télévision, va devoir désormais apprendre à vivre la peur au ventre et à partager ce quotidien avec les Irakiens, les Syriens et les Africains.
Après Charlie Hebdo (7 janvier) et le Bataclan (13 novembre) en 2015, après Bruxelles (22 mars) et Nice (14 juillet) en 2016, l’Allemagne qui se gargarisait d’être pour l’instant épargnée par les attentats, vient d’être explicitement frappée par l’Etat Islamique, dont on doutait de l’implication dans un premier temps, avant d’en découvrir le drapeau dans la chambre du forçat. Le traditionnel “Alahou Akbar” (“Dieu est grand”) ainsi que la confirmation par l’Organisation elle-même à travers son agence d’information Aqma, sont venus clore tout débat sur l’affiliation du jeune homme de 17 ans. En un mot, l’Europe est devenue comme le reste du monde, un endroit dangereux, très dangereux où vivre.

Pourquoi l’Allemagne se fait-elle attaquer ?

Si les politiques européens se penchaient objectivement sur ce type de question, si la population occidentale était informée sur les enjeux véritables qui fondent l’économie de leurs pays, de véritables mesures seraient prises pour mettre fin à ces attaques dont le nombre va croissant. Or le jeu diplomatique du 21ème siècle nous met face à des dirigeants mondiaux d’une hypocrisie inqualifiable.
L’Etat Islamique en tout cas n’a pas caché ses motivations. La participation de l’Allemagne à la coalition “contre le terrorisme” au Moyen-Orient est le principal leitmotiv de ces frappes. Notamment la très controversée livraison d’armes aux “gentils” Kurdes à partir de 2014.

C’est dans cette même roublardise que nage le Président François Hollande lorsqu’il affirme après l’attentat de Nice : “Nous allons intensifier les frappes en Syrie”. Le drame de l’histoire, est que c’est la pauvre population qui paye le prix de la bêtise de ses gouvernants. Comme s’il fallait encore leur expliquer que les bombes larguées là-bas retomberont tôt ou tard ici. Comme s’il fallait leur rappeler que les djihadistes ne connaissent pas la peur de la mort, et que c’est précisément en intensifiant les frappes chez eux qu’ils intensifieront les frappes sur le sol européen.

Dans mon recueil “Des Afriques et des vers” paru en février 2016 chez Edilivre, le poème “La Cour – Faites entrez l’accusé” parle du pays d’Angela Merkel en ces termes: “Pays taciturne d’Europe occidentale, l’Allemagne dévore en secret, évitant l’attaque frontale”. Traduction: bien que cette Nation se contente souvent d’un simple soutien logistique (Comme dans le cas de la Libye), elle n’est pas moins responsable du chaos qui ravage les pays en guerre, et dont les motifs cachés, mais désormais connus, ne sont rien d’autre que les ressources naturelles.

L’action de ce pays va de la simple vente d’armes, à la présence physique de l’armée fédérale dans ces zones. Comme pour ce qui est de l’Afghanistan, il arrive en effet qu’il ait recours à l’intervention directe, en envoyant des troupes au sol.
Sur la question des armes, le député du parti de Gauche, “Die Linke” Jan Van Aken, accusait déjà en 2015 dans les colonnes du journal DER SPIEGEL le ministre de l’économie et vice-chancelier Sigmar Gabriel de semer la mort à travers la planète, par l’augmentation considérable des exportations du matériel militaire. De même, la député de la fraction gauchiste au parlement, Sahra Wagenknecht, déplore depuis plusieurs années, les solutions bancales choisies par les décideurs nationaux pour réduire ces crises. Voici en substance ce qu’elle déclare en novembre dernier devant le Bundestag, rapporté par le journal “Bundesdeutsche Zeitung” dans son édition du 18 novembre 2015, à la suite de l’attentat du Bataclan:

“Une intervention de l’armée fédérale en Syrie serait une absurdité notoire (…) Ce serait irresponsable pour la grande coalition d’utiliser les attentats de Paris pour entraîner l’Allemagne dans d’autres guerres absurdes. Personne n’a besoin d’un deuxième Afghanistan”

À la place, elle propose de briser la spirale guerre – terrorisme, principalement en stoppant les livraisons d’armes et les transactions financières douteuses au Moyen-Orient. Comment est-il possible que les fortunes des oligarques soient contrôlées et certaines transactions stoppées, et qu’on ne soit pas capable de “couper les vivres” aux djihadistes? S’interroge en plus le journal
Ce discours de Wagenknecht intervient comme réaction aux propos du Président fédéral Joachim Gauck, qui s’appuyait sur l’article 47 des traités européens appelant à la solidarité, même militaire, au cas où un membre de la “confrérie” se fait attaquer. (C’est d’ailleurs sur ce principe d’assistance que le chancelier Gerhard Schröder avait pris la décision en décembre 2001, de rejoindre les Américains dans le conflit afghan).

Donc au lieu de se poser les bonnes questions, on s’amuse à faire croire aux citoyens que ce sont les immigrés islamistes qui, dans leur absolue méchanceté, viennent troubler la tranquillité et la démocratie des gentils Européens. Ce qu’on ne leur dit pas, c’est qu’on y a commis du terrorisme en premier, au nom qui du pétrole pour ses véhicules, qui du coltan pour ses portables. Ce n’est donc pas une surprise si des gens sérieux comme le philosophe Français Michel Onfray, célèbre auteur du livre “Traité d’athéologie” paru en 2005, déclarait sur le plateau de l’émission “On n’est pas couché”, que les Occidentaux devraient cesser de jouer “les gendarmes du monde”. Il déclare en substance:

“Les Irakiens ne nous ont jamais menacés, les Libyens ne nous ont jamais menacés, les Afghans ne nous ont jamais menacés. Nous sommes dans des logiques neocoloniales. (…) On pourrait effectivement se désengager (…) en disant qu’effectivement la France a autre chose à faire que de nourrir les guerres impérialistes américaines”

Voilà qui a le mérite d’être clair, et un joli con d’œil au gouvernement de Berlin. Car de la même manière que la France prétend stabiliser le Niger, alors que le groupe nucléaire AREVA pompe l’uranium à un rythme d’anthologie, c’est de la même façon que l’Allemagne prétend aider le Congo à retrouver la paix sans qu’on ne nous dise que des entreprises comme la GIZ enregistrent des bénéfices de plusieurs milliards dans la région, dont ils expatrient la quasi totalité en ne laissant que des miettes aux locaux. Disons les choses comme Jean-Luc Mélenchon, politicien Français et candidat à la présidentielle de 2017: “La première victime de la guerre, c’est la vérité”.

Voilà pourquoi on ne présentera jamais au peuple cette réalité des choses. On se contentera de lui dire que les Arabes fous veulent imposer la Charia et les agressent sans raison. Et quand on apprendra à la télévision que l’Allemagne héberge 60 000 réfugiés Afghans, on n’aura pour seul premier réflexe que de souhaiter les voir tous expulsés du territoire, alors que le problème est beaucoup plus profond.
À noter que les troupes allemandes sont stationnées en Afghanistan depuis 2001, afin d’apporter la paix par les bombes. Le retrait des troupes initialement prévu pour 2014 ne cesse d’être prolongé depuis. L’édition du 12 décembre 2015 du journal DIE WELT´ rappelait d’ailleurs qu’en 2001, Mister Schröder promettait de régler l’affaire en … six (06) mois maximum. Nous sommes en 2016, 15 ans ont passé et malgré une forte réduction du contingent, aucun départ n est en vue. Obama possède encore à lui seul, 10 000 Yankees sur le terrain.

NB: Le peuple sera toujours le dindon de la farce, celui qui continue de croire qu’on viendra lui dire au journal de 13 heures: “En fait, nous allons bombarder pays X ou Y pour piller ses richesses”

Seulement voilà, les temps ont changé. Il s’est produit un imprévu. L’effet boomerang s’est mis en marche. L’Occident commence à ressentir le contre-coup de sa politique extérieure. (On dit que quelle que soit la longueur de tes urines, la dernière goutte finira toujours entre tes jambes). Ce que les citoyens du “vieux continent” voyaient à la télévision est entrain de devenir leur quotidien. Il est alors temps pour les décideurs de comprendre que les clauses de leur politique extérieure doivent être revues et axées sur une vraie coopération, et non sur le mensonge et les déstabilisations au nom du Cuivre, du Gaz et du Saint Pétrole. Dans le cas contraire, on peut prophétiser que ces attentats ne sont que le début de quelque chose de plus grand, de plus effrayant. Il va se passer des choses terribles dans les mois qui viennent.
Dans l’absolu, nous sommes entrain d’assister à la chute à très grande vitesse d’une société qui s’est trop longtemps crue invincible et au-dessus des autres. Surtout, l’Histoire retiendra qu’elle n’aura pas été détruite de l’extérieur, mais par elle-même.