Rwanda : pas de visa, pas de chocolat !

Un célèbre chocolatier français parti photographier les gorilles en RD-Congo s’est retrouvé assigné à résidence au Rwanda pendant près de deux mois pour défaut de visa, après s’être pris pour James Bond…

« Un véritable calvaire. » C’est ainsi que le quotidien Le Parisien résumait, le 20 octobre, la mésaventure vécue au Rwanda par le célèbre chocolatier français Patrick Roger. Accompagné par un collègue, ce dernier a en effet été retenu pendant cinquante jours à Kigali avant d’être autorisé à regagner Paris le 14 octobre. À l’origine du litige, un simple défaut de visa. Mais l’attitude des deux hommes, au poste-frontière rwandais de Rubavu, a transformé une banale démarche administrative en roman d’espionnage.

Arrivés au Rwanda le 12 août, les deux hommes ne comptent qu’y transiter. Ils doivent se rendre par la route dans l’est de la RD-Congo pour un safari-photos. Spécialiste des sculptures en chocolat représentant des animaux sauvages, Patrick Roger compte « aller voir les gorilles » et réaliser des clichés de ses futurs modèles animaliers. Deux semaines plus tard, revenus de Goma, lui et son compagnon de voyage se présentent au poste-frontière rwandais de Rubavu afin de regagner Kigali pour y prendre leur vol retour. Problème : ils disposaient d’un visa valable pour une seule entrée. L’officier de l’immigration leur suggère donc de retourner à Goma pour solliciter un nouveau visa, via Internet.

Violation des lois sur l’immigration

Le chocolatier ne l’entend pas ainsi. Lui et son comparse, qui circulent dans un véhicule diplomatique appartenant à la délégation de l’Union européenne (UE), forcent l’entrée sur le territoire rwandais et foncent vers la capitale. Une fois arrivés, ils se tournent vers l’ambassade de France, qui leur recommande d’aller se livrer aux services de l’immigration. Les deux hommes sont alors interrogés, puis brièvement placés en garde à vue au poste de police de Kicukiro, à Kigali. Après avoir reconnu une violation des lois sur l’immigration, ils sont relâchés et assignés à résidence dans un hôtel, le temps que l’enquête aille à son terme. Patrick Roger, qui qualifie de « très correctes » les conditions de son séjour forcé, continuera, selon Le Parisien, de « gérer son entreprise grâce à une tablette et Internet ».

Patrick Roger et son collègue plaideront coupables pour leur entrée illégale sur le territoire et s’acquitteront, chacun, d’une amende d’1 million de francs rwandais (1 000 euros)

Côté rwandais, l’opération coup de poing du chocolatier-photographe aiguise la suspicion sur ses motivations. Et l’implication d’un véhicule et d’un chauffeur officiels de l’UE ne fait que rallonger la durée de l’enquête. Le 13 octobre, Patrick Roger et son collègue plaideront coupables pour leur entrée illégale sur le territoire et s’acquitteront, chacun, d’une amende d’1 million de francs rwandais (1 000 euros). Ils sont autorisés à quitter le pays.

De retour à Sceaux, en région parisienne, Patrick Roger a livré une version qui suscite l’indignation des autorités rwandaises. « On s’est trompé de porte d’entrée. C’est comme si j’étais entré par la porte Brançion au lieu de la Porte d’Orléans », minimise le chocolatier, dans une allusion à deux « portes » voisines du sud de Paris. Aucune mention n’est faite à son visa à « entrée unique », a fortiori à son entrée en force sur le territoire rwandais dans un véhicule de l’Union européenne.

Le pays de l’Agaciro

« Le Rwanda est le pays de l’Agaciro [dignité, en kinyarwanda], ce n’est pas une jungle ! Quand on y viole la loi, on y subit une sanction », résume une source officielle rwandaise. « Ils auraient pu demander un nouveau visa sur Internet, confortablement assis dans un restaurant de Goma, ajoute la même source. Mais manifestement, ils ont cru que nos règles ne les concernaient pas et ils se sont enfuis dans un véhicule diplomatique. »

À Kigali, où l’on souligne que « ce genre de problèmes arrive très rarement et que ces deux Français ont admis leur erreur et se sont montrés patients et conciliants », on pointe, en revanche, « la mauvaise volonté de certains responsables de l’UE pour collaborer à l’enquête, ce qui n’a fait qu’en rallonger la durée. »
Mehdi Ba

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Jeune Afrique