IL ÉTAIT UNE FOIS KAKO NUBUPKO QU’EST-CE QU’UN ESCLAVE? – par Claude Wilfried

A l’ouest de l’Afrique, coincé entre le Burkina Faso, le Bénin et le Ghana, on trouve une bande de terre presque verticale de 56 000 km2 qu’on appelle le Togo. Si vous êtes à la recherche de la signification du mot « esclave », ce n’est pas la peine d’aller embêter le dictionnaire. Il y’a des méthodes bien plus simples. Il suffit de se pencher sur les événements qui s’y sont passés il y’a tout juste cinq mois et vous comprendrez. Il est dans cette vie, des histoires qui peuvent pousser au pessimisme, au découragement, voire même au suicide. Tant les Africains persistent dans l’effort de prouver qu’ils sont le pire obstacle à leur propre développement.

Alors que s’est-il donc passé au pays d’Emmanuel Adebayor en juin dernier ? C’est simple: les Chrétiens parmi nous connaissent l’histoire d’un certain Jésus de Nazareth, condamné par le bras tendu de l’administration romaine pour avoir prôné des choses étranges comme la justice et l’amour des ennemis. Bien plus encore, il s’avère que la mèche fut vendue par son plus proche entourage, en l’occurrence par le tristement célèbre Judas, fils de Simon Iscariote. Sans vouloir vous évangéliser, croyez-moi bien que cet exemple va nous aider à cerner le cercle vicieux de la tragédie qui est arrivée à l’homme politique Togolais Kako Nubupko au cours de cette année.
Kako Nubupko est un diplômé en économie de l’Université de Lyon 2 en France. A partir de 2013, il Integre le gouvernement de son pays, où il officie comme Ministre chargé de la prospective et des politiques publiques. Parallèlement, c’est un auteur assez fertile qui de plus n’a pas sa langue dans sa poche. Une sorte de Charles Ateba Eyene Ouest-Africain.

Voici que ses publications l’ont emmené à critiquer de plus en plus vertement et ouvertement la structure de la politique monétaire de l’Afrique francophone. Et vous savez que dans ce continent insolite, la vérité est le premier crime, loin devant le péché. Alors on va faire simple et calmer l’impatience de ceux qui auront la paresse de lire cet article en entier: Nubupko a été limogé de ses fonctions ministérielles par le Chef de l’État, histoire de lui apprendre qu’il y’a des choses qu’il vaut mieux garder pour soi, surtout si elles concernent le bien-être du peuple Africain.
La parution en ligne du journal Financial Afrik du 29 juin 2015 précise à cet effet que son départ: « Satisfait les attentes de la BCEAO, voire de certains chefs d’État qui s’étaient émus de la liberté de ton de ce ‘jeune cadet’ », ajoutant que par la suite le Président s’est entouré de « fidèles », et d’ »inconditionnels ».

Là où le journaliste L. Messanh, rédacteur de l’article fait une erreur, c’est qu’il aurait du remplacer les termes « fidèles » et « inconditionnels » par « esclaves ». Oui, le Président Togolais s’est entouré d’esclaves comme lui-même et comme son père avant lui, Mr. Gnassingbé Eyadema dont la disparition en 2005 n’est pas forcément une perte pour l’Afrique, d’un point de vue politique.
Si vous pensez que je viens d’utiliser des termes durs et que je devrais m’en excuser, je vous réponds qu’il n’est pas nécessaire de vous fournir des explications personnelles. Les réponses nous sont livrées par la victime elle-même, notre star du jour, Kako Nubukpo, dans une interview accordée au quotidien LeMonde au mois de juillet, alors qu’il était invité aux 15e rencontres économiques d’Aix-en-Provence. A peine quelques jour après son éviction de l’appareil gouvernemental, l’homme nous livre les détails de sa posture et nous ouvre les yeux sur les circonstances de sa mort politique.

Nous apprenons donc que tout commence au cours des mois de février et mars 2015. Afin de statuer sur les problèmes actuels de l’Union Économique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA), la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’ouest (BCEAO) organise des colloques où les principaux responsables des structures financières sont tenus à s’exprimer. C’est alors que notre brave homme surprend tout le monde avec un discours nouveau et non-conformiste. Il fustige entre autres les réserves de change d’environ 50% que nous déposons chaque année auprès de la Banque de France, mais aussi la parité fixe qui fait que 1 euro soit toujours égal à 655,957 CFA. Considérant la monnaie comme un outil de souveraineté, il soutient qu’il n’est pas vraiment justifiable qu’elle soit fabriquée loin de chez nous.

A la question de savoir pourquoi les dirigeants Africains ne se décident pas à réclamer plus vivement l’argent détenu par la France, Kako Nubupko répond par un concept très intéressant qu’il a élaboré et qui donne au titre de cette publication toute son essence :la servitude volontaire ». C’est-à-dire que les Africains ont eux-mêmes choisi d’être opprimés, puisqu’avec les 3600 milliards de FCFA (72 milliards d’euros) que l’Afrique francophone a accumulé auprès du Trésor Public Français depuis 1945, on pourrait financer nos Petites et Moyennes Entreprises (PME), et favoriser enfin une croissance qui profite aux populations et créé des emplois. Il considère comme « une hérésie », le fait qu’à cause de l’arrimage à l’Euro, notre monnaie subit plus les mouvements de l’économie européenne que l’évolution de nos propres pays. Et en effet, c’est du jamais vu dans l’histoire de l’humanité. Un vrai sacrilège.
Par ailleurs il précise qu’en plus d’aimer la servitude, c’est-à-dire l’esclavage volontaire, les élites Africaines brillent par leur improvisation en toute chose et leur manque de sérieux, lorsque leur activité ne se limite pas à piller les ressources destinées à leur population. C’est ce qui est consigné dans son livre: » l’improvisation économique en Afrique de l’ouest – du coton au FrancCFA ». (Si vous voulez savoir ce que le coton vient faire dans cette histoire, allez lire les travaux du Professeur Jean-Paul Pougala sur la banane, le cacao, le café, et vous comprendrez).

Peu avant cet entretien, et assez loin de ses bizarreries habituelles, le journal JeuneAfrique avait agréablement surpris en rédigeant le 4 juin, un biscuit assez consistant ayant pour titre: « Pourquoi un débat scientifique sur le Franc CFA est-il tabou? ». L’article est signé Christian Agbobli, Professeur au département de communication sociale et politique de l’Université du Québec à Montréal. Le professeur y précise objectivement :  » La BCEAO gagnerait que le débat soit ouvert sur ses politiques économiques et monétaires ». Ajoutant que le fait de refuser une discussion sur les causes exogènes et les solutions endogènes jette un flou et: »ne suscite que des suspicions sur le travail et le rôle de la BCEAO ». Ceci concorde à la perfection avec la plainte de Mr. Nubupko qui déplore que les dirigeants de nos Banques centrales ne se soient jamais exprimés devant les parlements pour détailler leur fonction et rendre des comptes aux Nations.

Voilà pourquoi le 20 juin 2015, trois semaines avant le remaniement ministériel, le même JeuneAfrique écrivait déjà en pointillés l’avenir politique de Nubupko pour avoir voulu jouer les Sankara . Il y est rapporté qu’un chef de service (Non identifié. Peut-être l’un des Blancs présents dans nos Conseils d’Administration) a expressément demandé à l’État togolais de le ramener à la raison..C’est ainsi que le directeur national de la BCEAO écrit à son gouverneur en précisant comme excuse, la citation la plus idiote de tous les temps, à savoir :

 » Il s’agit d’un acharnement sur la politique monétaire plutôt que de contributions pour l’amélioration des politiques publiques de l’État ».

Vous ne rêvez pas. Il y’a bel et bien des experts-agrégés en économie qui trouvent qu’il n’y a aucun rapport entre la politique monétaire et le développement. Pire, qui soutiennent que le fait de laisser un autre pays fabriquer l’argent pour nous et décider à notre place du nombre de billets qui circulent, contribue à l’amélioration de nos conditions de vie. Voilà donc pourquoi Faure Gnassingbé l’a sans surprise mis sur le banc de touche lors de son remaniement ministériel. Pour comprendre la mentalite de soumission de cet homme, Il suffit juste de se rappeler qu’il est le successeur d’Eyadema Senior, celui-là même qui, le 13 janvier 1963, avait hourdi le cruel assassinat du Président Sylvanus Olympio alors que ce dernier imprimait j-u-s-t-e-m-e-n-t déjà la nouvelle monnaie togolaise depuis une semaine,.pour sortir du FrancCFA.

Voilà donc comment l’Afrique n’apprend pas de ses erreurs, et se préoccupe plus de faire de la pédicure à la métropole, que de servir les intérêts continentaux en premier ressort. Voilà comment une horde de traîtres parsèment le continent, du Cameroun à la Cote d’Ivoire, de l’Afrique du Sud au Togo, voulant fermer AfriqueMedia et faire plaisir à l’envahisseur, au point où l’on se demande au final si cela vaut même la peine de lutter, quand on a hérité d’un peuple pareil, destructeur de ce qu’il a lui même essayé de bâtir.
Voilà donc ce qu’est un esclave