Serena Williams, nouvelle figure de proue des Black Lives Matter

La star de tennis apporte à ce mouvement, né en 2014, après la mort du jeune Michael Brown à Ferguson (Missouri), le surcroît de notoriété et de glamour qui lui faisait désespérement défaut

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Serena Williams, la plus grande athlète au monde, comme le clament des peintures murales à sa gloire en plein Manhattan, ne veut plus rester silencieuse. Elle pourrait compter ses millions, jouir de sa fortune, passer sa vie entre limousines et jets privés. Mais voilà : elle continue de conduire sa propre voiture, et d’emmener parfois son petit neveu de 18 ans à un rendez-vous. Depuis quelques temps, être noir et prendre le volant revêt un caractère sensible aux Etats-Unis. Une série de bavures policières a coûté la vie à des citoyens afro-américains, abattus sur la chaussée ou leur siège auto alors qu’ils se contentaient d’obéir aux injonctions d’agents des forces de l’ordre, récemment encore en Oklahoma et en Caroline du nord.

Lundi soir, la championne de tennis, numéro deux mondiale avec 22 grands chelems au compteur, a publié un message lumineux, émouvant sur son compte Facebook. «  J’ai demandé à mon neveu de 18 ans de me conduire à des rendez-vous pour que je puisse travailler sur mon téléphone portable. Au loin, j’ai vu un policier sur le côté de la route. J’ai rapidement vérifié si mon neveu respectait la limitation de vitesse. Je me suis souvenue de cette horrible vidéo d’une femme, passagère à l’avant d’une voiture, dont le copain avait été abattu par un policier. Pourquoi ai-je dû penser à cela en 2016 ? (…) Comme l’a dit Martin Luther King, un moment arrive où le silence est une trahison. Et je ne resterai pas silencieuse  ».

« Un pays qui opprime les noirs et les gens de couleur »

À l’heure des insultes gratuites sur les réseaux sociaux, Serena Williams sait à quoi s’attendre. Michael Rose-Ivey, Mohamed Barry et DaiShon Neal savent aussi quel risque ils prenaient en s’agenouillant, samedi 24 septembre, au lieu de se tenir debout, la main droite sur le coeur, durant l’hymne national des Etats-Unis. Ces trois jeunes noirs de l’équipe de football américain des Cornhuskers (les écosseurs de maïs), de l’université du Nebraska, voulaient imiter le geste provocateur initié par un joueur pro des San Francisco 49ers, le quarterback Colin Kaepernick, le 1er septembre. «  Je ne vais pas rester debout pour exprimer ma fierté envers le drapeau d’un pays qui opprime les noirs et les gens de couleur. Pour moi, cela dépasse le cadre du football (américain) et ce serait égoïste de ma part de détourner le regard. Il y a des cadavres dans la rue, et les coupables s’en tirent avec des congés forcés, sans être poursuivis pour meurtre  ». Kaepernick est devenu le centre de toutes les attentions, recevant des tombereaux d’insulte et déchaînant les supporters du candidat républicain Donald Trump. Mais il a la célébrité pour lui. Plus de maillots des 49rs à son nom se vendent que n’en ont été brûlés par des supporters enragés.

Il peut se permettre de fustiger le slogan de la campagne de Donald Trump, Make America Great Again, estimant que «  l’Amérique n’a jamais été « grande » pour les gens de couleur, et qu’il serait temps que cela se produise enfin, pour la première fois  ». Rose-Ivey, Barry et Neal, les trois footballeurs du Nebraka, n’ont pas une telle latitude. Peu après leur coup d’éclat au fin fond du Midwest, les imprécations ont commencé de fleurir sur leurs comptes Facebook et Twitter. «  Il était question de nous lyncher avant le prochain match, confie Rose-Ivey tremblant, et aussi de nous faire monter sur un bateau et de nous abandonner en plein océan  ».

Ces sportifs n’encourent pas les risques réels

Pas plus que Kaepernick ou des stars de la NBA telles que LeBron James, Serena Williams ne risque guère de faire les frais de sa témérité, ce risque réel qu’encourent des militants isolés de la cause des Black Lives Matter (les vies noires comptent), dans un Etat reculé comme le Nebraska, peuplé à 86 % de blancs. Mais, à 35 ans, elle vient d’apporter à ce mouvement, né en 2014, après la mort du jeune Michael Brown à Ferguson (Missouri), le surcroît de notoriété et de glamour qui lui faisait désespérement défaut. Une voix forte, comme jadis celle du révérend King. «  L’important, écrit-elle, n’est pas de contempler le chemin parcouru, mais celui qui se trouve encore devant nous  », pour une société multiethnique, racialement apaisée.

 

 

Avec Le Soir