Hommage à André Brink, écrivain engagé contre l’apartheid – 20 citations

Johannesburg (AFP) – Connu mondialement pour son best-seller paru en 1979 “Une saison blanche et sèche”, Andre Brink, premier écrivain afrikaneer frappé par la censure en Afrique du Sud, est décédé dans la nuit de vendredi à samedi à l’âge de 79 ans.

1- Une fois dans sa vie, juste une fois, on devrait avoir suffisamment la foi en quelque chose pour tout risquer pour ce quelque chose.

2- Les femmes sud-africaines, noires ou pas, ont apporté à la lutte contre l’apartheid une lucidité et un courage que beaucoup d’hommes n’avaient pas. Elles nous ont éclairés. Amour et politique étaient vraiment indissociables.

3- On finit toujours par se mouler dans les costumes que les autres nous taillent.

4- Nous naissons dans l’esclavage. Et de là, si nous avons suffisamment la grâce, si nous sommes assez fous ou assez courageux, nous nous libérons

5- Que je le veuille ou non, que j’ai envie ou non de maudire ma propre condition – et ça ne servirait qu’à confirmer mon impuissance – je suis blanc. Voilà l’ultime et terrifiante vérité de mon univers brisé. Je suis blanc. Et parce que je suis blanc, je suis né dans un état privilégié. Même si je combats le système qui nous a réduits à ça, je reste blanc et privilégié par ces mêmes circonstances que j’abhorre. Même si je suis haï et fui, écarté et persécuté et, pour finir, détruit, rien ne pourra me faire devenir noir. Ainsi, ceux qui le sont ne peuvent que se méfier de moi. A leurs yeux, mes efforts pour m’identifier à Gordon, à tous les Gordon, sont obscènes.

6- Lanie*, cette nuit-là, j’ai compris quelque chose que je n’avais jamais compris. Je n’étais pas mon propre maître. Ma vie appartenait à mon Bass** blanc. C’était lui qui organisait mon travail, lui qui me disait où je devais habiter, ce que je devais faire ou ne pas faire. Tout. Mais ce n’était pas ce qui m’inquiétait. C’était ça : Savoir que je ne serais jamais un homme à part entière. Je devais d’abord me libérer. Qu’ai-je donc fait ?

* homme blanc .
** Maître, qualifie généralement – et respectueusement! – Le Blanc, pour un Noir.

7- Il est terrible de vieillir sans jamais avoir vraiment vécu.

8- A ma grande surprise, encore, je demande :
” Pourquoi m’aimes-tu ? ”
Sarah revient vers moi. Elle avance les mains et les pose sur mes épaules. Avec une gravité inattendue, très doucement, elle dit :
” Parce que tu me rends possible. “

9- Ne juge point, afin qu’on ne puisse te juger.

10- Je compare l’amour à un train lancé dans un voyage sans fin. Il effectue son parcours, que nous y ayons pris place ou pas. Je monte dedans pour une partie du trajet. A chaque gare, il y en a beaucoup, des gens montent et des gens descendent. Régulièrement, une femme entre dans le compartiment et nous le partageons pendant un trajet donné. Mais, tôt ou tard, nous arrivons à une gare où elle doit descendre.

11- Le prêtre secoua sa tête grise.

– Je vous répète qu’ils ne savent pas. Vous ne me croyez pas? Je sais que c’est une chose terrible à dire, mais c’est vrai. Ils ne savent pas. Même quand ils tuent nos enfants, ils ne savent pas ce qu’ils font. Ils croient que ça n’a pas d’importance. Ils ne croient pas que nos enfants soient des êtres humains. Ils pensent que ça ne compte pas.

12- Se transformer tranquillement en cendres, en humus, engraisser les vers, nourrir les plantes, permettre au cycle de la vie de poursuivre son cours. C’est la seule forme d’éternité à laquelle je puisse aspirer.

13- Lorsqu’on est à l’article de la mort, les mensonges, ça n’a plus de sens.

14- Tout ce que l’on peut espérer, tout ce que je puis espérer, n’équivaut peut-être à rien d’autre que ça : écrire, raconter ce que je sais. Pour qu’il ne soit plus possible de dire encore une fois : Je ne savais pas.

15- Croire, c’est sans doute l’une des choses les plus difficiles du monde.

16- ” je suis
Dieu le sait
Une putain de femme libre.”
Antjie Krog.

17- La vie est trop courte pour la gaspiller en bavardages.

18- Stanley se tenait devant une étagère couverte de libres, le dos à la porte.
” Tu es donc passionné d’histoire ?
– D’une certaine façon oui.” Il posa le plateau sur le bureau.” Sers-toi.
– Ta. ” Puis en riant, il ajouta, provocant : “Et que t’a donc appris ton histoire ?”
Ben haussa les épaules.
” Putain d’bordel de merde, s’écria Stanley en regardant son fauteuil. Tu veux savoir ? Vous, lanies* persistez à croire que l’histoire se fait là où vous êtes et nulle part ailleurs. Pourquoi ne viens-tu pas un jour avec moi ? Je te montrerai à quoi ressemble l’histoire. Celle au cul nu, celle qui pue la vie. Viens du côté de chez moi, à Sofasonke City.

* hommes blancs

19- Humanité.” On utilise normalement ce mot comme synonyme de compassion, de charité, d’honnêteté, d’intégrité. “Il est si humain.”
On doit à présent chercher de nouveaux synonymes. Cruauté, exploitation, manque de scrupules.

20- Dans un monde qui a vu Hitler, le Vietnam et le Bangladesh, la vie d’un homme ne veut pas dire grand chose.