Le drame des APE: Les eaux stagnantes – par Claude Wilfried

En Afrique Noire, les eaux stagnantes sont l’une des principales causes de la haute mortalité dans les zones défavorisées. Ce sont de petits rideaux aquatiques naturels (ruisseaux, flaques d’eau de pluie…) ou artificiels ( eaux usées) qui, avec l’accumulation d’ordures et par manque d’hygiène conséquente, finissent par ne plus s’écouler et donc par “stagner”. A partir de ce moment, elles deviennent de véritables machines à tuer, entraînant maladies, épidémies et virus divers.

Mais ce ne sont pas les ruisseaux et les rivières sales qui nous intéressent cette fois-ci. Non, parce que l’une des conséquences de la mortalité en Afrique, ce sont aussi les personnes qui se comportent comme des eaux stagnantes. C’est-à-dire des individus qui, après avoir terminé leur formation dans un domaine précis, se reposent sur leurs lauriers et pensent qu’ils n’ont plus besoin d’apprendre davantage. Au-delà du fait qu’ils ont fait de la mono formation, c’est-à-dire qu’ils ne se sont spécialisés que dans un seul domaine, ils n’ont pas non plus remarqué que le monde bouge sans cesse et que les vérités d’hier peuvent devenir les mensonges de demain.

Par exemple: Dans l’Antiquité, à une époque où l’anesthésie n’existait pas, on opérait à vif. L’unique moyen de supporter la douleur était de serrer très fort un lourd morceau de tissu entre ses dents. Pour atténuer les souffrances du patient, le chirurgien se devait tout simplement de “se dépêcher”. Avec l’invention des techniques modernes d’anesthésie, les interventions sont plus sûres, et surtout beaucoup moins douloureuses, ce qui évite de graves complications.
Donc un médecin formé à l’ère précédant l’anesthésie sera obligé de revoir ses cahiers et de se mettre à la page pour maîtriser les nouvelles technologies de traitement. Il lui faudra tout réapprendre comme un élève à son premier jour d’école. Parce qu’il faut le souligner, si la technologie augmente avec le temps, de nouvelles maladies bizarroïdes et jusque-là inconnues apparaissent aussi avec le temps et nécessitent un traitement de plus en plus sophistiqué . Le docteur qui entreprend de soigner les nouvelles pathologies avec ses méthodes anciennes et dépassées se comporte en eau stagnante. Et comme les eaux stagnantes, il va entrainer dans son délire, la disparition pourtant évitable de nombreux individus..

Il en est de même pour l’agriculteur qui a appris toute sa vie à se servir de la houe pour récolter les semences. Apres l’invention du tracteur, il doit s’arrimer à la nouvelle donne et apprendre à piloter ces engins conçus pour augmenter la production dans des délais plus courts et faciliter l’ensemble du travail agricole. Car il est possible que la population de son pays ait augmenté ( Le taux de natalité en Afrique par exemple, est impressionnant ) et qu’il faille accélérer la croissance pour nourrir toutes ces nouvelles bouches. L’agriculteur qui, au lieu de faire usage du tracteur, privilégie plutôt ses anciennes méthodes archaïques et lentes, n’est rien d’autre qu’une eau stagnante qui va entrainer sa population droit vers la mort par la famine et la malnutrition, faute de denrées suffisantes alors que les conditions étaient réunies pour d’excellentes récoltes..

Concrètement, on observe ce phénomène en Afrique dans le cadre académique entre autres. La plupart des professeurs chez nous sont plus enseignants que chercheurs, alors qu’en Occident, la majorité des enseignants à l’université publient des livres et travaillent sur l’élaboration de théories personnelles dans leurs domaines respectifs afin d’apporter une contribution à l’édifice national de leurs pays. L’Afrique de son côté est polluée d’eaux stagnantes qui pensent que posséder un Doctorat en Economie confère par miracle le savoir absolu sur tous les théorèmes économiques. Grossière erreur.
Car c’est au contraire pour cette raison que l’Afrique ne se développe pas. Au lieu de travailler sur des modèles économiques à la sauce africaine, nos Docteurs et experts ne sont en fait que des Docteurs et experts dans le plagiat de modeles étrangers et pas forcément compatibles au paradigme africain. Ils récitent donc Karl Marx par coeur, oubliant que Deng Xiaoping qui a lui-même lu Marx, n’a pas fait du copier-coller, mais une sorte de mixture à la chinoise pour donner au pays de Mao Tse Tung son rayonnement d’aujourd’hui. Au lieu donc de créer des leçons de manière pragmatique, nos profs récitent aux vagues d’étudiants, exactement le même cours tous les ans. Oui, c’est ça une eau stagnante.

Ce dont l’Afrique à besoin, c’est de personnes dynamiques, remplies de vie et de créativité. Des hommes et des femmes capables de comprendre les enjeux et la direction que prend notre monde. L’Afrique veut une jeunesse qui s’instruit. Une jeunesse qui s’éduque et s’éduque encore et toujours. Une jeunesse qui lit, fouille, s’interroge, doute, s’étonne, analyse et remet en question. Une jeunesse capable de créer des circuits de réflexions sur les moyens de sortir de la colonisation qui n’a jamais disparu. A problèmes actuels solutions actuelles. Nous n’arriverons à rien si nous nous limitons à marmonner des écrits d’il y’a 150 ans. Il faut y ajouter de la fraîcheur et en corriger les imperfections. C’est comme la réactualisation ou la mise a jour du système Windows d’un ordinateur. C’est comme la garde-robe d’un nourrisson qu’on renouvèle tous les 3 mois parce que l’enfant grandit et ses habits deviennent de plus en plus petits pour son corps en évolution.

C’est en constatant que les choses du monde subissaient de perpétuels mouvements que le philosophe Grec Heraclite déclara: “Panta Rhei” (“tout change”). Celui donc qui n’a pas remarqué que la vie est un éternel apprentissage est tout simplement une eau stagnante. Et les eaux stagnantes quelles que soient leurs formes, leurs goûts et leurs odeurs. sont néfastes pour la santé, l’environnement et la vie.