Charité bien ordonnée commence par soi-même… – par Minsili Mbarga

(Point de vue) – UNION AFRICAINE – S’il y a une information à retenir du 27e sommet de l’UA à Kigali (Rwanda) au-delà de l’imbroglio sur le report de toutes les élections, il ya le lancement en grande pompe du tout premier passeport africain remis aux présidents Idris Deby (Tchad) et Paul Kagame (Rwanda)

Autre information à retenir de ce sommet, l’adoption du principe d’une taxe sur les importations afin d’espérer récolter plus d’un milliard de dollars pour financer l’UA. En effet, l’organisation africaine doit un peu plus de 75% de son budget à l’extérieur. Sur 781 millions de dollars de budget sur 2016/2017 par exemple, 212 millions, à peine 25% viennent des Etats-membres. Le reste, 569 millions, vient des donateurs occidentaux avec l’Union européenne et États-Unis en tête; occidentaux suivis par la Chine.

une vue intérieure du siège de l’Union africaine à Addis-Abeba (Ethiopie)

une vue intérieure du siège de l’Union africaine à Addis-Abeba (Ethiopie)

« Le monde des relations internationales n’est pas basé sur la charité, mais la défense de ses intérêts. Une organisation financée à plus de 75% par des tiers, peut-elle se dire indépendante dans sa politique, de ces tiers ? »

Des données qui montrent le poids de l’extérieur sur l’UA, pourtant organisation panafricaine. Le monde des relations internationales n’est pas basé sur la charité, mais la défense de ses intérêts. Une organisation financée à plus de 75% par des tiers, peut-elle se dire indépendante dans sa politique, de ces tiers ? Ok, il y a le principe de la taxe, me direz-vous, mais, l’UA a certes arrêté un principe, reste à le mettre en application et ça, c’est une autre paire de manches. Ceux qui s’étaient réjouis des propos de Robert Mugabe annonçant la sortie des pays africains de la CPI, attendent toujours. A Kigali, la question avait été retiré de l’agenda du sommet*, après que le Sénégal, la Côte d’Ivoire et le Nigeria aient dit non à tout retrait de l’Afrique de la CPI.

Alors, au vu de qui détient les cordons de la bourse, oserions-nous encore nous demander pourquoi l’UA peine à se prononcer sur certains sujets? Prenons le cas des meurtres racistes de femmes et hommes afro-américains, qui a entendu l’UA se prononcer ? On nous rétorquera qu’il s’agit d’affaires internes à un pays, pourtant, combien de fois les « généreux donateurs » de l’UA s’invitent dans les affaires internes des pays africains ? Autre exemple, cette immigration africaine qu’on nous dit alimentée par des filières clandestines, ces hommes noyés en Méditerranée ou encore ces milliers d’hommes, pour la plupart jeunes, qui échouent en Europe comme demandeurs d’asile ? L’UA s’est-elle déjà officiellement prononcée sur le sujet en sortant des chemins convenus ?

Charité bien ordonnée commence par soi-même…

Pourquoi ces questions plus haut? Parce que nos réactions (Africains) face à certains sujets, dénotent, soit de naïveté, soit d’un optimisme décidément admirable. En effet, combien, face à ce qu’ils appellent « défection » de l’UA sur certains sujets, indexent les chefs d’Etat et autres institutionnels sous le mode : « ils ne font rien ! ». Une pensée qui sous-entend donc qu’il suffirait que ces présidents « fassent » pour que tout aille pour le mieux ? Et qui les poussera donc à « faire », au vu des données ci-dessus ? Sans indépendance financière, que fera l’UA à part être dans le discours ? Pourquoi s’obstiner à attendre quelque chose de présidents que par ailleurs, beaucoup considèrent comme de simples « sous-préfets » au service des ex-puissances coloniales ? Et je n’évoque pas sciemment ces oppositions africaines dont on a l’impression que, hors du cadre national, elles n’ont aucun programme. Qui empêche les oppositions africaines, si prompts à fricoter avec les associations droits-de-hommiste de type Amnesty International et autres (tiens, elles sont bien silencieuse face à la situation des Afro-américains), de se prononcer elles-aussi sur des questions touchant les Africains : CPI : immigrations, meurtres racistes au Brésil, Inde ou États-Unis ? Ou pour elles, la priorité : le pouvoir, après, on verra bien ! Si ça se trouve, ils réussiront une fois au pouvoir, l’exploit de vivre en autarcie ?

Et nous, que faisons-nous pour que la donne commence à changer, à part nos « ils ne font rien » parlant de nos hommes politiques ? Car, m’est avis qu’ils ne feront aussi, que s’ils se sentent obligés à le faire. Je sais, l’idée d’une société civile (secteur privé, associatif, etc.) africaine forte comme moyen de lobbying, ne convainc pas tout le monde. Pourtant, à un moment, il faudra bien que nous, populations africaines, répétions quasiment comme un mantra ceci : si certaines choses doivent changer, nous devrons faire plus que ce qui n’est fait aujourd’hui. Surtout, nous devrons tenir compte du contexte où nous évoluons, avec d’un côté extérieur qui décidément « nous adore », et des institutionnels tenus financièrement par cet extérieur. Tu ne peux d’un côté, être convaincu que ton proche travaille pour un adversaire, mais en même temps, demander à ce proche de réserver sa paie à tes besoins. Pourquoi donc ? Qu’est-ce qui le poussera à le faire ? Un trop-plein d’amour pour toi ? Si c’était le cas, il ne travaillerait déjà pas pour un adversaire. Dans cette allégorie, ce proche ne sera amené à revoir le mode de répartition de sa paie, voire à lâcher ton adversaire, que si tu mets en place les conditions le poussant à aller dans ce sens. A méditer… (MMZ)

* « Retrait de la CPI/La Côte d’Ivoire, le Sénégal et le Nigéria s’opposent » @Lepointsur.com

 

Via: http://minsilimizanga.com