4000 Noirs ont été lynchés aux États-Unis entre 1877 et 1950

.Une étude a répertorié les exécutions sommaires commises entre la fin du XIXe et la première moitié du XXe siècle, réévaluant de plusieurs centaines de nouveaux cas les précédentes estimations.
Le nombre d’Afro-américains lynchés aux États-Unis a été largement sous-évalué, révèle un rapport publié par une association américaine luttant pour la défense des droits de l’homme, l’Equal justice initiative (EJI) elon elle, près de 4000 Noirs auraient été exécutés sans jugement, dans des conditions sommaires, sur une période de 73 ans.
L’association a débuté son recensement en 1877, date à laquelle les troupes du Nord, victorieuses de la Guerre de Sécession, quittent le Sud des États-Unis qu’elles occupaient. Se met alors en place, dans ces mêmes régions, le système de ségrégation raciale. Le lynchage s’instaure dans ces États pour établir «un système post-esclavagiste de domination raciale», explique le rapport. Le recensement du nombre de lynchages prend fin dans les années 1950, au moment où la ségrégation commence à être détricotée.
Ce type de décompte n’est pas neuf aux États-Unis. Le premier remonterait à 1882. À l’époque, le Chicago Tribune publie en début d’année une liste de tous les évènements de ce type sur les douze mois précédents. L’étude présentée mardi par l’EJI est pourtant la première à être aussi détaillée puisqu’une enquête a été menée pendant plusieurs années dans douze États: l’Alabama, l’Arkansas, la Floride, la Géorgie, le Kentucky, la Louisiane, le Mississipi, des Caroline du Nord et du Sud, du Tennessee, du Texas et de Virginie. Au total, près de 3959 lynchages ont été répertoriés.
Torture publique

Sur la base de ces résultats, le New York Times a réalisé une carte du Sud-Est des États-Unis reportant les différents lynchages. On y distingue nettement deux axes géographiques: le premier suit le cours du Mississipi, le second remonte la péninsule de Floride et se prolonge en Géorgie.
L’Equal justice initiative rappelle le caractère insoutenable des lynchages, véritables spectacles de torture publique. Mercredi, les médias américains rapportaient l’histoire de Mary Turner, enceinte, tuée pour avoir protesté contre le meurtre de son mari: pendue par les pieds, elle a été imbibée d’essence et immolée pendant qu’un homme tuait l’enfant qu’elle portait. Ou encore celle de ces trois hommes, à Krivine, dont au moins deux sur trois étaient à coup sûr innocents du meurtre dont on les accusait, mais qui ont tout de même été castrés, battus, poignardés, et aussi immolés.
Faire peur

Une activité économique s’était développée autour de ces spectacles macabres, où des vendeurs ambulants venaient écouler leurs marchandises à une foule consommant l’horreur en spectacle. Des cartes postales des exécutions étaient parfois produites. Dans d’autres cas, les lynchages se sont transformés en véritables pogroms, comme en 1919, à Elaine, dans l’Arkensas, ou en 1921 à Tulsa, dans l’Oklahoma, où plusieurs centaines de Noirs ont été tués et blessés.
Près d’un quart des lynchages sont survenus après une accusation d’agression sexuelle, qu’elle ait été portée sérieusement, ou non. Mais nombre d’entre eux ont été infligés pour des raisons beaucoup plus futiles, comme un regard de travers ou une femme bousculée. «Beaucoup de ces lynchages n’ont pas été commis à la suite de crime, mais pour une violation de la hiérarchie raciale», explique Bryan Stevenson, le responsable d’EJI. Ce dernier promeut la thèse que ces exécutions ont été réalisées dans le but de faire peur aux populations noires: plus de 6 millions d’entre eux ont fui le sud des États-Unis entre 1910 et 1970, modifiant considérablement le visage du pays. Bryan Stevenson estime que ces personnes devraient être considérées comme des réfugiées fuyant le «terrorisme» plutôt qu’en tant qu’émigrés économiques.
Pendant toute la période étudiée par l’EJI, aucun Blanc n’a jamais été condamné pour un lynchage.

 

Source: Le Figaro.fr