HAÏTI A LE PLUS GRAND HÔPITAL A ENERGIE SOLAIRE DU MONDE

A 50 km au nord-est de Port-au-Prince, l’hôpital universitaire de Mirebalais est devenu le symbole de ce que pourrait être une reconstruction « heureuse » en Haïti, quatre ans après le tremblement de terre du 12 janvier 2010, qui a fait plus de 220 000 victimes. Et qui continue de meurtrir le pays.

Mirebalais, qui a ouvert ses portes en mai 2013, est aujourd’hui le plus grand hôpital du monde alimenté uniquement pas l’énergie solaire, selon Partners in Health/Zanmi Lasante (PIH/ZL), deux ONG jumelles (américaine et haïtienne) qui ont construit l’établissement et le gèrent avec le ministère haïtien de la santé. Environ 1 800 panneaux solaires couvrent le toit de l’hôpital de 300 lits. Une production d’énergie suffisante pour couvrir les besoins du CHU, qui dispose également d’équipements de pointe dans ses salles d’urgence et de soins néonataux. L’électricité excédentaire est redistribuée par le réseau national.

L’hôpital a été conçu, début 2009, par PIH/ZL comme un petit centre de soins pour cette ville d’un peu plus de 15 000 habitants. A la suite des dévastations du séisme, le gouvernement a demandé de développer le projet afin d’en faire un centre hospitalier régional et un centre de formation des médecins et des infirmières.

« EXTRAORDINAIRE POTENTIEL »

Coût du projet ? 25 millions de dollars (18,3 millions d’euros). L’entregent et l’expérience du docteur Paul Farmer, fondateur de PIH et proche de l’ancien président des Etats-Unis Bill Clinton, ont permis de réunir les fonds auprès de nombreux donateurs. La fondation Artists for Haïti, créée par le comédien américain Ben Stiller, a ainsi apporté 2,7 millions de dollars, tandis que la Croix-Rouge américaine a contribué au projet à hauteur de 5,5 millions. Visitant le chantier de l’hôpital en mars 2012, M. Clinton, nommé envoyé spécial des Nations unies pour Haïti, avait souligné « l’extraordinaire potentiel de l’énergie solaire pour mieux reconstruire Haïti ».

Un potentiel loin d’être mis en valeur comme il le mériterait. Après le tremblement de terre, le mot d’ordre était pourtant de « reconstruire mieux ». Avec, parmi les recommandations faites, une utilisation plus systématique des énergies renouvelables, notamment du solaire dans ce pays tropical où moins de 25 % de la population dispose d’un approvisionnement en électricité, le pourcentage le plus faible des Caraïbes. Le bois et le charbon de bois restent ainsi les énergies les plus utilisées par les Haïtiens, ce qui a largement contribué à la déforestation du pays.

Des efforts ont certes été réalisés. Dans l’année qui a suivi le tremblement de terre, des ONG et des organisations internationales ont distribué gratuitement plus de 50 000 lampes solaires. Des cliniques, des orphelinats et des fermes piscicoles ont été dotés d’installations solaires par le Solar Electric Light Fund (SELF), une ONG américaine qui a reçu des financements de la Banque interaméricaine de développement. Ces équipements disposent de prises permettant la recharge des téléphones portables.

 « AUCUNE INCITATION FISCALE »

La Fondation connaissance et liberté (Fokal), créée par l’ancienne première ministre Michèle Pierre-Louis, a équipé plusieurs écoles en panneaux solaires. Afin de lutter contre les agressions et les viols, des lampadaires solaires ont même été installés dans plusieurs camps, qui abritent toujours aujourd’hui entre 146 000 et 170 000 sinistrés, selon les sources.

Mais tout cela reste insuffisant. Il y a un an, le premier ministre Laurent Lamothe avait promis que la compagnie nationale Electricité d’Haïti (EDH) serait en mesure d’alimenter les foyers haïtiens 24 heures sur 24 dans les six mois. Loin de s’améliorer, la fourniture de courant a empiré, en raison des difficultés financières et techniques d’EDH. Les coupures de courant se sont multipliées au moment des fêtes de fin d’année. Les embouteillages, habituels dans la capitale, se sont aggravés en raison de la paralysie des feux tricolores alimentés par des panneaux solaires. En conflit financier avec l’administration, la société privée Axxium a cessé d’assurer leur maintenance.

« Il n’y a pas de politique en faveur des énergies alternatives, le gouvernement n’accompagne pas les investissements solaires, il n’y a aucune incitation fiscale et nous devons payer des taxes de 30 % à 40 % sur les équipements que nous importons », déplore Jean-Jacques Sylvain, qui a créé avec son frère Green Energy, une société de vente et d’installation d’équipements solaires. Mirebalais reste, pour le moment, une petite lueur d’espoir.

Source: Le Monde