Crève

Hier soir, je me suis rendu au lieu dit “Place du Trône”, histoire de voir de mes yeux cet homme sur un cheval. Il s’agit ni plus ni moins du Roi Léopold II de Belgique (1835-1909). En gros, c’est comme si le buste de Hitler était exposé à la Porte de Brandebourg à Berlin, au centre-ville.


La diaspora congolaise forme une large communauté dans ce minuscule pays de 30 000 km2 (C’est deux fois plus petit que la seule région du centre au Cameroun, et il y en a dix). On peut facilement s’imaginer l’affront que ressentent les Congolais chaque fois qu’ils doivent transiter par cette rue où l’on célèbre solennellement l’homme qui fut leur principal fossoyeur.

C’est en 1876 que Léopold II fonde l’organisation qu’il appellera “Association Internationale Africaine” (AIF), dont le but officiellement humanitaire est de civiliser et d’évangéliser les âmes de ces pauvres Noirs en manque de Paradis. Mais dans les faits, il va s’avérer que tout n’est qu’un calcul géopolitique savamment organisé. Apres avoir envoyé à son compte l’explorateur britannique Stanley explorer cette terre immense, Léopold II a vite fait de déceler l’opportunité économique que représente cette zone riche, traversée d’est en ouest par un cours d’eau gigantesque : le fleuve Congo (4700 km de long). Cette nouvelle colonie servira de base pour le commerce de nombreuses richesses, dont le caoutchouc, dans un XIXe siècle marqué par le boom de l’industrie automobile.

La main mise du Roi des belges sur le territoire Congo sera marquée par les pires atrocités, dans la grande ligne de la barbarie des 400 ans d’esclavage précédents. Entre tortures, humiliations et meurtres en masse, l’empire ne recule devant rien pour asseoir sa domination. Le sang ruissèlera à en faire rougir le grand fleuve. L’horreur atteindra de telles proportions que le célèbre écrivain anglais Arthur Conan Doyle, auteur du célèbre détective Sherlock Holmes la qualifiera de “pire génocide de l’humanité”.

Le chiffre de 10 millions de morts n’est qu’une approximation, dans un contexte où c’est le vainqueur qui produit les statistiques. Une chose est certaine, aujourd’hui, en 2017, les Belges n’entendent pas retirer leur statue parce que de pauvres Negres s’en offusquent. D’ailleurs des articles de propagande paraissent encore aujourd’hui pour enseigner aux enfants que leur roi n’était pas un assassin. Car en effet, lorsqu’il s’agit des Africains, on est plus occupé à dédouaner qu’à dédommager. Si Adolf Hitler est le diable absolu aujourd’hui, c’est uniquement parce qu’il a fait à d’autres Blancs, ce qui d’ordinaire n’était réservé qu’aux Noirs. Mais qu’on se le dise, il n’est absolument pas le plus grand meurtrier de ces derniers siècles. Si les Juifs avaient été Noirs, soyez certains qu’on passerait plus de temps nous à parler des “bienfaits” de la Shoah.

Le plus grave n’est même pas de voir l’effigie des colons dans leurs propres pays. Pour eux c’est presque normal, vu qu’ils sont les gagnants dans l’affaire. Ce qui est tragique, c’est que nos villes en Afrique arborent leurs noms dans des places publiques, au mépris des locaux. L’ignorance de l’histoire conduit à l’ignorance tout court, et fait prendre des décisions d’une absurdité inqualifiable. Voilà donc que dans l’autre Congo, la capitale de nomme Brazzaville. Or on sait que Savorgnan de Brazza était un peu la version française de Stanley, dont la plus grande qualité était le mépris absolu des rois Africains et de leur peuple.

Alors n’attendons pas d’eux qu’ils regrettent vraiment un jour. Leurs paroles ne sont que de la drogue pour naïfs. D’ailleurs, Bruxelles compte une pléthore de places de ce type, a l’instar de la Rue Renkin au lieu dit Place Lehon. Jules Renkin est tristement célèbre en milieu africain pour avoir, en tant que Ministre des Colonies en 1920, exhorté les missionnaires à utiliser la Bible comme des Maîtres pour abrutir un peuple et le détourner de ses atouts socio-économiques. Voici en extrait ce qu’il leur dira avant l’expédition:

” Le but essentiel de votre mission n’est donc point d’apprendre au noirs à connaître DIEU. Ils le connaissent déjà. Ils parlent et se soumettent à un NZANBE ou un NVINDI-MUKULU, et que sais-je encore. Ils savent que, tuer, voler, calomnier, injurier… est mauvais.
Ayant le courage de l’avouer, vous ne venez donc pas leur apprendre ce qu’ils savent déjà. Votre rôle consiste, essentiellement, à faciliter la tâche aux administratifs et aux industriels. C’est donc dire que vous interpréterez l’évangile de la façon qui sert le mieux nos intérêts dans cette partie du monde.
Pour ce faire, vous veillerez entre autres à :
1. Désintéresser nos “sauvages” des richesses matérielles dont regorgent leur sol et sous-sol, pour éviter que s’intéressant, ils ne nous fassent une concurrence meurtrière et rêvent un jour à nous déloger. Votre connaissance de l’évangile vous permettra de trouver facilement des textes qui recommandent et ‘font aimer la pauvreté. Exemple : “Heureux sont les pauvres, car le royaume des cieux est à eux” et “il est plus difficile à un riche d’entrer au ciel qu’à un chameau d’entrer par le trou d’une aiguille”. Vous ferez donc tout pour que ces Nègres aient peur de s’enrichir pour mériter le ciel…

Je ne sais pas qui a écrit “CREVE” sur cette sculpture, mais une chose est certaine: c’est un Congolais conscient. Nous avons davantage besoin de ce type de personnes, plutôt que de ceux qui pensent sérieusement qu’il suffit de prier pour que Dieu sauve la RDC et le continent. Dieu lui-même doit se demander comment ces gens (NOUS) font pour penser sérieusement qu’il descendra du ciel venir récupérer leurs richesses à leur place et construire leurs barrages et autoroutes.
Sur ce, excellente journée bruxelloise et à très bientôt. Il est fort à parier qu’on me ramène ici dans de très très brefs délais.

Ekanga Ekanga Claude Wilfried , 10/01/2017