Le père camerounais du dernier français qui a gagné Roland-Garros depuis 34 ans vaut Dix-neuf secondes au JT sur France 2 – Par Olivier Mukuna

Fin de JT sur France 2. Le présentateur Laurent Delahousse annonce un biopic de Dalida qui sort dans les salles mercredi prochain. Récit sur un “incroyable destin”, ses “chansons qui sont la bande-son de sa vie”, sa “solitude”. L’implication de l’actrice, incarnant la chanteuse, affublée d’un faux-nez et qui a supporté 3h de maquillage par jour. Durée du sujet : 6 minutes 15 secondes…

Delahousse enchaîne avec “une image et un hommage” sur le décès “qu’on vient d’apprendre” de Zacharie Noah, père de Yannick. Pas de sujet. Diffusion d’images d’archives et voix off du présentateur. Avec un débit à 150 à l’heure, Delahousse souligne la joie de Zacharie Noah lorsque son fils a gagné Roland Garros en 1983. Il ajoute que le père fût “un grand sportif” qui “a gagné la coupe de France en 1961” avec l’équipe de foot de Sedan. Durée : 0 minute 19 secondes…

Alors j’ai pensé à 2 choses.

En disparaissant, c’est “ça” notre place médiatique ? 19 secondes. Le père camerounais du dernier français qui gagné Roland-Garros depuis 34 ans, du Français qui a dirigé l’équipe de France victorieuse de la Coupe Davis, du Français dont le fils est un excellent basketteur de la prestigieuse NBA, du Français qui a longtemps caracolé en tête du palmarès des “personnalités préférées des Français”. La disparation de son père, connue depuis la matinée sur les réseaux sociaux, ne vaut même pas un sujet. Juste 19 secondes.

Je me suis ensuite souvenu de ce garçon de 13 ans qui avait regardé avec son père le match Noah-Wilanders ; qui, comme père et fils Noah, avait sauté dans les bras de son père après la balle de match victorieuse ; qui, pour la première fois, éprouvait un tel sentiment de fierté de se reconnaître, à la télé, en même temps que son père. Ce garçon, c’était moi. Qu’ont pu pensé les ados de 13 ans en voyant aujourd’hui ces 19 misérables secondes ?

Zacharie Noah n’était pas qu’une image. C’est toute une histoire de l’immigration subsaharienne, c’est une des histoires de la lutte contre la négrophobie française, c’est une histoire de transmission familiale dans laquelle nombre de citoyens métissés peuvent se reconnaître. C’est un hommage que n’a pas cru utile de rendre le service public blanc de France Télévisions.